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Aimé Césaire 1913 – 2008

Aimé Césaire, Maire de fort de France, écrivain, politicien, député… Ce martiniquais est l’un des père de la négritude.

Il est né le 26 juin 1913, à Basse Pointe (Martinique). Son père était enseignant comme son grand père, et, sa mère était une couturière.

Une partie de sa scolarité est effectuée à Basse pointe, puis, à Fort de France. Par la suite, il suit des études d’hypokhâgne, en France. Il y rencontrera Léopold Sédar Senghor, un Sénégalais. Aimé Césaire, le Guyanais Léon Gontran Damas et Léopold Senghor, vont découvrir une part refoulée de leur identité, la composante africaine, l’origine des cultures coloniales des Antilles et de la Guyane.

Très engagé, Aimé Césaire un journal pour les étudiant afro – caribéen. Il sera aidé de ses amis de toujours (Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop). C’est dans ce journal qu’apparaîtra pour la première fois le mot Négritude.

La négritude est née de trois influences :

  1. La philosophie des lumières ;
  2. Le panafricanisme ;
  3. Le marxisme.

Ils affirment haut et fort la grandeur de l’histoire et de la civilisation noire face au monde occidental qui les avait jusque là dévalorisées. Ils se refusent l’existence d’une essence noire mais veulent faire de leur identité nègre et de l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, une source de fierté. Pour Césaire, il s’agit de bâtir une nation et de fédérer un peuple, en rompant un silence collectif. Ce n’est pas de la politique, mais de la culture, de l’humanisme actif destiné à tous les opprimés de la planète.

Césaire : « je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

en 1935, Césaire commence à y écrire le Cahier d’un retour au pays natal, qu’il achèvera en 1938. Il lit en 1936 la traduction de l’Histoire de la civilisation africaine de Frobenius. Il prépare sa sortie en 1938 de l’Ecole normale supérieure avec un mémoire, « Le Thème du Sud dans la littérature négro-américaine des USA ». Aimé Césaire, agrégé de lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, Suzanne Roussi, au lycée Schœlcher.

Aimé Césaire, le combat culturel sous le régime de Vichy

À la fin des années 30, la Martinique est en proie à une aliénation culturelle profonde. Les élites privilégiaient avant tout les références arrivant de la France métropole. En matière de littérature, les rares ouvrages martiniquais de l’époque vont jusqu’à revêtir un exotisme de bon aloi, pastichant le regard extérieur manifeste dans les quelques livres français mentionnant la Martinique. Ce doudouisme, dont des auteurs tels que Mayotte Capécia sont les tenants, allait nettement alimenter les clichés frappant la population martiniquaise.

C’est en réaction contre cette situation que le couple Césaire, épaulé par d’autres intellectuels martiniquais comme René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, fonde en 1941 la Revue Tropiques. Alors que la Seconde Guerre mondiale provoque le blocus de la Martinique par les États-Unis (qui ne font pas confiance au régime de collaboration de Vichy), les conditions de vie sur place se dégradent. Le régime instauré par l’Amiral Robert, envoyé spécial du gouvernement de Vichy, est raciste et répressif. Dans les communes, les élus de couleur sont déposés et remplacés par des représentants des békés (descendants des colons). Dans ce contexte, la censure vise directement la revue Tropiques, qui paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943.

Le conflit mondial marque également le passage en Martinique du poète surréaliste André Breton (qui relate ses péripéties dans un bref ouvrage, Martinique, charmeuse de serpents). Breton découvre la poésie de Césaire à travers le Cahier d’un retour au pays natal et le rencontre en 1941. En 1943 il rédige la préface de l’édition bilingue du “Cahier d’un retour au pays natal”, publiée dans la revue “Fontaine” (n° 35) dirigée par Max Pol Fouchet et en 1944 celle du recueil Les armes miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme. Surnommé « le nègre fondamental », il influencera des auteurs tels que Frantz Fanon, Edouard Glissant (qui ont été élèves de Césaire au lycée Schoelcher), le guadeloupéen Daniel Maximin et bien d’autres. Sa pensée et sa poésie ont également nettement marqué les intellectuels africains et noirs américains en lutte contre la colonisation et l’acculturation.

Après guerre, le combat politique

En 1945, Aimé Césaire est élu maire de Fort-de-France. Dans la foulée, il est également élu député, mandat qu’il conservera jusqu’en 1993. Son mandat, compte tenu de la situation économique et sociale d’une Martinique, après des années de blocus et l’effondrement de l’industrie sucrière, est d’obtenir la départementalisation de la Martinique en 1946.

Il s’agit là d’une revendication qui remonte aux dernières années du XIXe siècle et qui avait pris corps en 1935, année du tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France par Belain d’Esnambuc. Peu comprise par de nombreux mouvements, cette mesure vise, selon Césaire, à lutter contre l’emprise béké sur la politique martiniquaise, son clientélisme, sa corruption et le conservatisme structurel qui s’y attache. C’est, selon Césaire, par mesure d’assainissement, de modernisation, et pour permettre le développement économique et social de la Martinique, que le jeune député prend cette décision.

En 1947 Césaire crée avec Alioune Diop la revue Présence africaine. En 1948 paraît l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, préfacée par Jean-Paul Sartre, qui consacre le mouvement de la “négritude”.

Aimé Césaire quitte le PC en 1956, pour fonder le Parti progressiste martiniquais (PPM), au sein duquel il va revendiquer l’autonomie de la Martinique. Siégeant a l’Assemblée nationale comme non inscrit de 1958 à 1978, puis comme socialiste de 1978 à 1993. Césaire restera maire de Fort-de-France jusqu’en 2001. Le développement de la capitale de la Martinique depuis la Seconde Guerre Mondiale est caractérisé par un exode rural massif, provoqué par le déclin de l’industrie sucrière et l’explosion démographique créée par l’amélioration des conditions sanitaires de la population. L’émergence de quartiers populaires constituant une base électorale stable pour le PPM, et la création d’emplois pléthoriques à la mairie de Fort-de-France furent les solutions trouvées pour parer à court terme aux urgences sociales de l’époque. La politique culturelle d’Aimé Césaire est incarnée par la création du Service Municipal d’Action Culturelle (SERMAC), qui à travers des ateliers d’arts populaires (danse, artisanat, musique) et le prestigieux Festival de Fort-de-France, met en avant des parts jusqu’alors méprisées de la culture martiniquaise.

Son « discours du colonialisme » fut pour la première fois au programme du baccalauréat français en 1998.

Aujourd’hui Aimé Césaire s’est retiré de la vie politique (et notamment de la mairie de Fort-de-France, au profit de Serge Letchimy), mais reste un personnage incontournable de l’histoire martiniquaise. Après le décès de son camarade Senghor, il reste l’un des derniers fondateurs de la pensée négritudiste.

Malgré son grand âge, Aimé Césaire est toujours sollicité et influent. On notera sa réaction aux articles 3 et 4 de la loi du 23 février 2005, dont le but est de faire dire aux historiens que la colonisation fut une chose positive

Parcours politique d’Aimé Césaire

  • De 1945 à 2001 : Maire de Fort de France (durant 56 ans)
  • De 1945 à 1993 : Député de la Martinique
  • De 1983 à 1986 : Président du Conseil Régional de la Martinique
  • De 1945 à 1949 et 1955 à 1970 : Conseiller général de Fort de France

Œuvres d’Aimé Césaire

  • Œuvres complètes (trois volumes), Fort-de-France, Desormeaux, 1976.

Poésie

  • Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence africaine, (1939 ; 1960)
  • Les Armes miraculeuses (1946 ; Paris, Gallimard, 1970)
  • Soleil cou coupé (1947 ; Paris, Editions K., 1948)
  • Corps perdu (gravures de Picasso), Paris, Editions Fragrance, (1950)
  • Ferrements, Paris, Seuil, (1960 ; 1991)
  • Cadastre, Paris, Seuil, (1961)
  • Moi, laminaire, Paris, Seuil, (1982)
  • La Poésie, Paris, Seuil, (1994)

Théâtre

  • Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1958 ; 1997
  • La Tragédie du roi Christophe, Paris, Présence Africaine, (1963 ; 1993)
  • Une saison au Congo, Paris, Seuil, (1966, 2001)
  • Une tempête, d’après La Tempête de William Shakespeare : adaptation pour un théâtre nègre), Paris, Seuil, (1969 ; 1997)

Essais

  • Esclavage et colonisation, Paris, Presses Universitaires de France, 1948.
  • Réédition : Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage, Lectoure, Editions Le Capucin, 2004.
  • Discours sur le colonialisme, Paris, éditions Réclames, 1950 ; éditions Présence africaine, 1955.
  • Discours sur la négritude, (1950).

Photos d’Aimé Césaire