Joël Raboteur «Le Carnaval dans la Caraïbe trouve ses origines dans la colonisation»

By Rédac Creoleways

Nées des apports africains, européens et amérindiens durant la colonisation et l’esclavage, les cultures caribéennes sont une richesse incommensurable. En Guadeloupe, la vitalité des chanté Nwèl, du gwoka et de la langue créole en témoigne. En cette période de Carnaval, nous publions ces extraits d’une étude de Joël Raboteur, universitaire, économiste et ancien Président de l’Office du Carnaval de la Guadeloupe. Avec Corinne Landais-Raboteur, il croit fermement (avec raison !) au formidable potentiel économique de cette manifestation. Les auteurs reviennent sur les origines coloniales du carnaval. De leur essai fort long, nous ne publions que les extraits historiques qui, selon nous, éclairent sur les rapports entre maîtres et esclaves, notamment au moment du carnaval. Les documents choisis par Joël Raboteur contiennent bien sûr des opinions racistes, typiques de l’époque : ne pouvant s’empêcher d’admirer la beauté et la grâce des esclaves Nègres, les colons Blancs qui les observent se hâtent de dire par exemple  » qu’ils sentent mauvais ». Paradoxalement, ce racisme affiché est justement ce qui permet d’authentifier leurs dires. L’intégralité de cet essai est consultable en ligne dans la revue Esprit Critique ICI.

Extraits de l’Essai de Joël Raboteur et Corinne Landais-Raboteur

 » Le Carnaval dans la Caraïbe, est une fête populaire qui trouve ses origines dans la colonisation. Il est l’héritage d’un syncrétisme culturel, issu d’un brassage de traditions africaines, portées par les esclaves des différentes colonies, de traditions chrétiennes imposées par les portugais, les espagnols, les français et de la culture des autochtones amérindiens. En Guadeloupe, le Carnaval est une manifestation culturelle majeure, attendue chaque année par tous. » […]

 » Le carnaval en Guadeloupe est un des événements culturels les plus importants dans l’archipel. En effet, en exhumant quelques archives de l’histoire de la colonisation en Guadeloupe, on découvre avec force détails, que cette pratique puise ses racines depuis le tout début de la colonisation. Les colonisateurs sont arrivés avec leurs traditions européennes, et les ont tout simplement partagées avec les autres populations expatriées, déracinées et transportées jusqu’à nos îles, en l’occurrence, celles qui ont constitué le creuset du peuplement guadeloupéen. » […]

I. Rétrospective du carnaval d’hier á aujourd’hui en guadeloupe

Toujours en se référant à l’histoire de la Guadeloupe et à celle de sa construction, liée à un passé colonial riche de récits retranscrits ; dès le XVIIème siècle, de nombreux documents attestent des débuts du Carnaval dans l’île et dans la zone Caraïbe.

1.1 La genèse du carnaval en Guadeloupe

C’est ainsi que le Révérend Père du Tertre, qui lors de son premier voyage aux Antilles effectué en 1640, relate une coutume, fort curieuse, qui se pratique sur le bateau et ayant trait à la fête, à l’inversion, aux déguisements et autres pratiques. Ce rituel, probablement issu d’un quelconque héritage dont on ignore les origines, le laisse perplexe et il en retranscrit le déroulement, en ces termes :

[…]  » La troisième chose, est une costume autant ancienne qu’elle est ridicule et plaisante, qui se pratique à l’endroit de ceux qui font de longs voyages sur mer. C’est qu’arrivant sous la ligne du Tropique du Cancer (ou deux fois l’année on a le Soleil verticalement opposé, sans qu’à midi il puisse faire ombre à une chose droite,) On fait de grands préparatifs, comme pour célébrer quelque fête, ou plustost quelque Bacchanale. Tous les officiers du navire s’habillent le plus grotesquement, & le plus boufonnement qu’ils peuvent. La plupart sont armez de tridents, de harpons, & d’autres instruments de marine : les autres courent aux poiles, broches, chaudrons, lèchefrites, & semblables ustensiles de cuisine ; ils se barbouillent le visage avec le noir qu’ils prennent au dessous des marmites, & se rendent si hideux et si laids, que l’on estimeroit de véritables Démons. Le Pilote les met tous en rang, & marche à la tête, tenant d’une main une petite carte marine et de l’autre un Astrolabe, ou baston de Jacob, qui sont des marques de sa dignité. Cependant, les tambours et les trompettes sonnent en grande allegresse, & cette boufonne compagnie tressaut de joye, pendant que ceux qui n’ont pas encore passé le tropique, de dépouillent & se disposent à estre baignez : elle fait deux ou trois tours en ce mascarade équipage, après lesquels le Pilote prend séance sur la dunette, d’où il dépêche incontinent deux de ses officiers, habillés comme je l’ay décrit, vers le plus apparent de ceux qui doivent estre lauvez ; & le contraignent & tous les autres pareillement, à venir prester serment sur la carte, qu’ils feront observer les même choses à ceux qui passeront en leur compagnie ; ce qu’ayant tous juré, on leur fait promettre de donner quelque aumône aux pauvres, & de contribuer à la bonne chere de deux jours, par quelque bouteille de vin, langue de boeuf, jambon, ou autres rafraichissements. Ce qu’étant fait, on commence à baigner.
Nous fumes traiter fort courtoisement […] : mais tous les autres passagers, hommes, femmes & enfants furent tant lavez, qu’en vérité ils me faisaient pitié. […] : Enfin toute cette cérémonie se termine par des réjouÏssances & des débauches excessives. »

Si l’on fait le parallèle avec certaines figures du Carnaval actuel et certaines pratiques, la suie des marmites passée sur les visages rappelle le corps enduit de cendres, mélangé à de la mélasse dont s’enduisent le corps les actuels masques à congo. La présence du tambour sur le bateau, nécessite aussi d’être soulignée, car c’est un instrument de rythme, central des  » mas » en Guadeloupe. […]

Ce rite décrit par le R.P. DU TERTRE sur le bateau, si l’on se réfère à l’article de Louis COLLOMB, peut aussi se rapprocher des processions pratiquées dans les champs en vue d’obtenir la fertilité des sols ; C’est Celui dédié au Dieu de la vie et de la mort où l’on utilisait un navire dans lequel était placé un taureau dénommé Apis, accompagné de l’arrosage du sol avec de la farine. Sur le bateau, c’est l’eau qui a remplacé la farine, peut-être aussi afin d’obtenir la prospérité de la compagnie à qui elle appartenait et les marins qui y étaient embarqués ? Les bals et fêtes liés au carnaval, au XVIIIème siècle, sont retracés au travers des arrêts du conseil souverain interdisant les charivaris et autres fêtes et rassemblements, dont certains extraits sont ci-après communiqués en l’état :

Arrêt du conseil souverain de l’Ile de Guadeloupe du onze janvier mil sept cent soixante dix. Ce jourd’huy le procureur général du roy est entré et a dit

Messieurs,

C’est contre les assemblées tumultueuses et nocturnes que l’on nomme charivaris que je m’élève aujourd’huy. C’est contre ceux qui les font que je vous porte ma plainte, afin d’en arrété le cour, sous la peine qu’il plaira à la cour d’imposer. Si l’usage des charivaris semble avoir été toléré, contre les dispositions des lois qui les prohibent, ça, sans doute été parcequ’ils se faisaient sans scandale, sans occasionner aucun désordre, et sans troubler le repos et la tranquilité du public, et qu’il ne s’y parfois rien de contraire aux bonnes moeurs.

Un autre extrait, celui d’une ordonnance :

Ordonnance de Messieurs les Gouverneurs et Intendant pour la suppression de plusieurs fêtes, elle est du huit novembre de l’année mil sept cent soixante trois, et a été registrée au conseil de la Guadeloupe le quatorze janvier mil sept cent soixante quatorze. François Charles […] Il nous a été représenté par les habitants de cette colonie que la quantité de fêtes que l’Eglise y célèbre est nuisible à la culture des terres, en ce qu’elles retranchent plusieurs jours de travail dans le cours de l’année, et contraire au bon ordre, à la police et même à l’esprit de la religion, en ce que les nègres sont dans l’usage d’employer en parties de débauches, de libertinage les jours consacrés à la piété et font par là d’une institution sainte une source de désordre. […]

Au XIXème siècle, c’est surtout dans les gazettes officielles de la Guadeloupe de 1811 à 1890 que l’on retrouve de nombreux écrits relatifs aux fêtes et bals donnés dans la Colonie à l’époque du Carnaval et aussi dans les gazettes politiques et commerciales de Pointe-à-Pitre.

Un texte de Granier de Cassagnac, de cette même époque, décrit un bal de nègres, donné le dimanche gras pour célébrer le Carnaval. Ce texte marque bien l’inversion des rôles hiérarchiques liés à ce moment de fête, dans les Antilles françaises et particulièrement en Martinique et Guadeloupe, il est nécessaire de reprendre certains de ses extraits pour aider à la compréhension du phénomène carnaval en Guadeloupe.
Il décrivit ce bal de la manière suivante :

 » J’ai assisté au Fort Royal, le dimanche gras, à un bal de nègres esclaves, tous domestiques, donné par invitation. Je n’y avais pas été invité, mais je m’y fis conduire par Mr Francis des Roberts, qui voulut bien me présenter à sa servante, laquelle daigna m’accueillir. L’orchestre était composé de militaires blancs, payés par les esclaves ; car les blancs étaient humiliés ce jour la ; et tout était conçu dans le meilleur goût. On invitait les danseuses en leur offrant des roses mousseuses ; c’était charmant. Il pouvait y avoir environ cent cavaliers et autant de dames, tous noirs comme des culs de chaudron. Les dames étaient toutes, sans exception, en robes de satin blanc, quelques unes avec un corsage en satin cramoisi. Com aucune d’elles n’avaient de cheveux, et qu’une laine crépue d’une pouce de long eut été d’un médiocre effet, elles avaient toutes une façon de turban en satin de couleur, avec des pierreries. Leurs robes avaient régulièrement des manches longues, garnies de manchettes en point d’Angleterre et elles portaient des gants blancs. Toutes étaient chaussées de bas de soie blancs, à coins et à damassures à jour, avec des souliers de satin blanc. Du reste, jamais de ma vie je n’ai vu autant de bijoux, de turquoises, d’émeraudes et de perles ; elles avaient des brassées de colliers et une charge de bracelets. Et tout cela de l’or le plus irréprochable s’il vous plait ; car le nègre est là dessus plus fier que le blanc, et il est plein de mépris pour le chrysocale. […] C’est une habitude des nègres de s’appeler entre eux des noms de leur maitres ; et ils écrivent même ce nom sur leur linge. J’entendais donc nommer à tous moments, comme dans un salon du faubourg Saint Honoré : madame la baronne de *** ! monsieur le comte de *** ! et lorsque je me retournais, ébahi, pour voir entrer ces personnages, j’apercevais un Congo superbe, luisant, brillant, pommadé, avec une frisure pyramidale ; ou une capresse magnifique, trainant vingt aunes de satin cramoisi. Il faisait dans la salle du bal une chaleur étouffante ; ces dames s’éventaient nonchalamment avec des mouchoirs de batiste, ornés de découpures à jour, avec des valenciennes de deux pouces. J’étais ébloui ! Malheureusement, il régnait dans cette chaude atmosphère une odeur de ravet à donner des convulsions ; car voilà l’inconvénient terrible du nègre : il est beau quelques fois, mais rarement il sent bon.
La simple et fidèle description des cavaliers et des dames qui composaient la société du bal dont je parle doit faire comprendre combien nous sommes loin du bamboula et de son tambour. Ici, en effet, nous étions en plein dans les manières élégantes ; et les nègres ce soir là parlaient tous le français. L’orchestre jouait du Musard le plus pur, sauf les fautes d’orthographe. Ces messieurs et ces dames figuraient à deux quadrilles, et glissaient en dansant, avec de charmantes minauderies, ni plus ni moins qu’aux bals de la liste civile. Cependant il y en avait quelques uns qui paraissaient regretter l’ancienne danse de Vestris, comme un moyen désormais perdu de développer ses grâces. Ceux la répudiaient la glissade, et se livraient à des jetés-battus étourdissants.
Je quittai la Martinique le jour du carnaval, et j’arrivai à la Guadeloupe un jour trop tard pour assister à un grand bal travesti, donné par les esclaves à la Basse Terre, et dans lequel figuraient des nègres en François Ier et en Louis XIV, et des négresses en mademoiselle de Lavallière et en madame de Pompadour. »

Au niveau de la musique, des danses et des instruments, dans ce même ouvrage, il parlera de nègres et de négresses (bamboulas) dansant  » de tout leur corps », au son des tambours pendant des heures, jusqu’à épuisement et convulsions et aussi s’arrêtera sur l’orchestre des nègres composé du tambour, du  » Kakois », (l’ancêtre du  » chacha » actuel utilisé dans les groupes de Carnaval) et d’un nègre tapant deux bâtons l’un sur l’autre, le tout accompagné de tapements des pieds qui ne se détachent quasiment jamais du sol, en précisant que cette danse a la particularité d’être très liée au sol.

D’autres documents, dont certains confidentiels, émanant du gouverneur de la Guadeloupe, Monsieur COUTURIER en février 1876, parlent d’incidents survenus suite à l’annulation d’un bal, au motif qu’un homme de couleur, Mr LACOUMES, avait été invité, ce qui ne manqua pas de provoquer l’indignation des hommes de couleurs de Guadeloupe. Une autre lettre de ce même gouverneur, faisant suite à une circulaire ministérielle n°255 de mai 1879 qui lui avait été communiquée, explique que les principes et les sentiments libéraux de la République, contenus dans cette circulaire, avaient été rappelés à chacun des chefs de l’administration, afin qu’ils soient strictement appliqués en Guadeloupe, par les fonctionnaires et agents de tous ordres. Ces deux documents montrent que la chose politique, bien que peu mise en exergue, est bien présente dans le déroulement des fêtes et autres réjouissances en Guadeloupe, ils indiquent surtout que ceux qui sont au pouvoir peuvent décider de la tenue ou non de ces fêtes. Ils sont aussi la preuve que le carnaval fait l’objet de censure au travers des siècles précédents, par cette puissance politique. […]

Les différentes formes que prend le Carnaval guadeloupéen ont été observées par de nombreux praticiens et scientifiques locaux tels Louis COLLOMB, Eric NABAJOTH, Roger FORTUNÉ, Stéphanie MULOT et bien d’autres. Certains de ces auteurs ont écrit sur ce sujet en 1991 dans  » Vie et mort de Vaval » édité par l’association Chico-Rey de Pointe-à-Pitre. […]

Le Carnaval Guadeloupéen est donc un espace dans lequel chacun trouve à exprimer un positionnement par rapport à l’identité qu’il souhaite mettre en scène. C’est le moment de défoulement général d’une population, de liberté des sens, d’exubérance et de jubilation populaire. En somme, le Carnaval Guadeloupéen a une empreinte, celle de sa diversité culturelle et ethnique, imprégnée de mysticisme et d’originalité. Concernant l’empreinte, au regard des pratiques carnavalesques étudiées au travers des époques, des lieux et des peuples, des éléments intemporels ont traversé les siècles et se retrouvent, de façon récurrente, à chacune de ces époques dans un même peuple, une même culture, un même espace géographique… […]

Joël Raboteur est Docteur ès sciences économiques, Maître de conférences en sciences de gestion. Corinne Landais-Raboteur est Cadre territorial, titulaire d’un Master 2 en sciences humaines et sociales (mention éducation et formation spécialité IAIDL).

Le texte intégral de leur Essai d’appréhension de la valeur économique d’un évènement culturel majeur en Guadeloupe : le Carnaval, est consultable à cette adresse : http://www.esprit-critique.com/fiscalite/essai-dapprehension-de-la-valeur-economique-dun-evenement-culturel-majeur-en-guadeloupe-le-carnaval#sthash.iYKYzULt.dpuf

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Caraïbe : La Martinique signe son adhésion officielle à l’OECS

By Rédac Creoleways

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Le 4 Janvier 2015, devant les chefs de Gouvernement et personnalités présentes, la Martinique a signé son adhésion officielle à l’Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale (OECS). Voici le discours prononcé à cette occasion par le Président de Région, Serge Letchimy.

*Formal greetings,

Pour la Martinique toute entière, pour chaque martiniquais, chaque martiniquaise, c’est un véritable honneur et surtout un bonheur de vous accueillir, ici, dans notre pays !

Un bonheur qui se nourrit bien sûr de notre fraternité, mais qui provient aussi du sentiment très clair de vivre une accélération de l’Histoire de notre Caraïbe !

Tout moment historique est toujours un évènement où les forces du passé et les dynamiques du futur se fécondent mutuellement.

C’est pourquoi, je ne peux m’empêcher de penser à cette femme mulâtresse, esclave rebelle de Sainte-Lucie, qui s’appelait Flore Gaillard. C’était en 1793. Les colonialistes Anglais tentaient de reprendre le contrôle de l’île-sœur qui était alors sous domination Française. Flore Gaillard s’était réfugiée dans les bois pour créer une armée hétéroclite composée bien sûr de nègres marrons, mais aussi de blancs révolutionnaires et d’Anglais déserteurs… Flore va d’abord tuer son ancien maître qui l’avait violée, puis, durant plus de cinq années, elle va persécuter les esclavagistes, dévaster les plantations, et vaincre les Anglais à plate couture lors de la fameuse bataille de Rabot. Ce qui me fascine chez cette femme qui avait été blessée au plus profond de ses chairs, c’est d’avoir compris que son combat n’était pas une affaire de race, de langues ou de drapeaux, mais que c’était d’abord une exigence de dignité humaine à laquelle tout un chacun, nègres marrons, républicains, déserteurs anglais, survivants amérindiens, pouvaient largement s’associer !

Je pense aussi à ce nègre marron de Jamaïque, le fameux général Cudjoe. Celui-là résista pendant plus de quarante ans à six commandements militaires esclavagistes, jusqu’à forcer les colonialistes à signer, en 1739, l’autonomie des territoires qu’il avait su conquérir. Cudjoe avait compris que le retour en Afrique leur était, à lui et à ses frères, désormais impossible, et qu’il lui fallait conquérir cette terre, habiter cet archipel où l’histoire l’avait jeté, et y dresser sa volonté.

Je pense enfin au Colonel Louis Delgrès, et à ses centaines de compagnons. Le 28 mai 1802, refusant le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, ils préférèrent mourir sur une poudrière plutôt que de renoncer à la liberté — à notre liberté ! On raconte qu’au moment de mourir, Louis Delgrès avait tenu à jouer du violon et que l’explosion l’aurait emporté au bout d’une mélodie. Par son sacrifice, Delgrès avait voulu s’élever au-dessus de tout et s’était adressé à l’univers tout entier. Il a voulu signifier que ce qui se jouait-là, dépassait la simple résistance à une barbarie pour s’inscrire dans l’universalité d’un très grand humanisme.

Tous ces hommes, toutes ces femmes ont nourri de leur sang et de leur volonté cet espace caribéen qui constitue aujourd’hui notre berceau commun. Leur force, leur esprit et surtout leur exemple sont maintenant avec nous !
Ils ouvraient les perspectives d’associations très larges, une posture de rassemblement et les prémices d’un autre monde possible.

Je les associe toutes et tous sans réserve à ce moment où nous allons formaliser l’amorce d’une expérience caribéenne nouvelle dans un monde en profonde mutation !

Rappelons ces dates-clés qui pour nous sont autant de dates historiques : Aout 2012, la Martinique signe son adhésion à la CEPALC – Avril 2014, adhésion à l’AEC et aujourd’hui, le 04 février 2015, adhésion à l’OECS et bientôt à la CARICOM — et je salue la présence de M. Erwin Laroque, secrétaire général de la CARICOM.
Ces avancées n’ont été possibles que par une volonté forte exprimée par les martiniquais, le courage de nombreux élus et acteurs martiniquais dont le plus éminent est Clovis Beauregard. Mais cette avancée est aussi liée à l’ouverture d’un nouveau champ de la coopération territoriale, celle de la diplomatie territoriale économique inaugurée par Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères de la France. Je profite pour saluer le travail fait par l’Etat et la présence ici du Préfet de Région, Monsieur Fabrice Rigoulet-Roze.

C’est donc un moment d’émotion historique et solennelle : la Martinique donne la main à son bassin de vie et à ses sœurs et frères de cœur ! Nous sommes heureux et fiers d’accueillir aujourd’hui le 60ème sommet de l’OECS !

Le monde change. Il est tout aussi violent. C’est un monde d’indépendance et d’interconnections où tout est possible, les régressions les plus extrêmes comme les avancées les plus étonnantes.
Nous plaçons cette adhésion dans une relation, où l’enfermement, l’égoïsme et la compétition aveugle n’ont pas leur place mais où l’éthique du respect, de la solidarité, de la fraternité sont des exigences de cette nouvelle forme de diplomatie et de coopération !

Au sein de cet espace qu’est la Caraïbe, un travail très important de politiques communes est engagé sur le plan législatif, règlementaire, fiscal, dans le domaine de la justice, de la santé, des déplacements, de la communication. La Martinique en toute humilité vient renforcer cette stratégie commune enclenchée depuis 34 ans par l’OECS.

Nous sommes face aux grands défis du monde et aucun de nous ne devrait croire que l’autonomie, ou l’indépendance, ou la régionalisation, constituent des gains inattaquables ou irréversibles pour des nations ou des régions en voie de développement. L’ombre de la mondialisation est aussi longue que son emprise est forte et elle porte en elle, le potentiel, sinon l’intention par les Etats puissants, qui, à distance, au sein d’une compétition mondiale ultra libérale, prennent le contrôle des moyens et des facteurs de production et compromettent les dynamiques internes de développement de nos pays.
C’était l’un des constats lucides faits par Percival James Patterson qui nous oblige à rechercher toutes les voies modernes et nouvelles de développement au cœur d’une dynamique économique capable de lutter contre toutes les formes de pauvreté et contre toutes les précarités.

Voilà donc le sens de notre adhésion d’aujourd’hui : le plus large contre le plus étroit ! C’est dans cet état d’esprit que nous ferons de notre Caraïbe toute entière, pas seulement un espace économique commun, pas seulement une géographie cordiale, mais véritablement, le lieu organisé d’un vivre-ensemble qui nous installe au cœur de nous-mêmes et qui nous dresse en face des grands défis du monde !

C’est dans cet état d’esprit que je suis favorable à ce que la grande conférence de l’ONU sur le climat, qui doit se tenir prochainement à Paris, intègre une conférence régionale, caribéenne que la Martinique serait fière de recevoir. Cela permettrait d’exprimer au monde, nos enjeux, nos défis et notre détermination face aux mutations climatiques et à la nécessaire transition énergétique.

Monsieur le Président, chers collègues, je sais que l’un des enjeux majeurs qui est d’ailleurs une crainte exprimée dans le cadre de nos adhésions, c’est la question de notre capacité institutionnelle de coopérer. Je veux dire ici que la Martinique ne vient ni dans une attitude condescendante, ni pour faire de la figuration.

Nous apportons nos moyens économiques qui constituent 60% du PIB de l’OECS et notre population (400 000 habitants). Avec l’arrivée prochaine de la Guadeloupe, l’OECS passera de 600000 personnes à un 1,5 million d’habitants. Nous agirons en toute humilité et avec le plus profond respect envers nos sœurs et frères de la caraïbe.

D’ores et déjà plusieurs propositions ont été approuvées lors de la plénière du 3 février 2015, elles pourront faire l’objet d’études approfondies de la part des instances de l’OECS.

– La première, je le rappelle, est l’organisation avec l’Etat, dans le cadre de la conférence mondiale du climat en décembre à Paris, d’une conférence caribéenne sur les mutations climatiques, un point en discussion avec Paris.

– La seconde, c’est la mise en place concertée d’un dispositif d’immersion de nos jeunes, non seulement linguistique mais aussi pédagogique au sein des familles et des lycées pour des durées suffisamment longues (on commencera par 15 jours) dans le cadre d’un ERASMUS Caraïbe que nous baptisons CESAIRUS, permettant à une centaine de jeunes aux cours des mois qui viennent d’intégrer leur environnement culturel et éducatif de proximité
Somme dégagée : 320 000 €

– Dans les 5 mois qui viennent une conférence de la connectivité dans la Grande caraïbe : aérien, maritime, énergétique, numérique, télévisuelle etc…
Un budget de 150 000 € a été voté hier

– Dans le cadre de la convention bilatérale avec Sainte-Lucie, un projet très concret de multi-destination touristique a été approuvé et engagé à titre expérimental, qui viendra compléter sur le plan culturel la coproduction entre Sainte-Lucie et Martinique, de l’œuvre cinématographique majeure de Dereck Walcott  » Ti Jean et ses frères ».

– Dans le cadre de la formation, une expérience dans le domaine touristique a été engagée, d’immersions-échanges entre Martinique et Antigua & Barbuda, pour la formation de nos professionnels de l’hôtellerie intitulée Immersions Echanges.

– Nous relançons la négociation avec une implication forte d’EDF et de GDF, sur la question de la géothermie en Dominique, l’objectif est l’alimentation de la Martinique et de la Guadeloupe à hauteur de 40 mégawatts par pays. Nous restons sur cette ligne.

– Avec la CEPALC, dans le domaine de l’énergie, nous étudions les mécanismes de financement sur des mesures d’efficacité énergétique et technicité d’énergies renouvelables avec un budget de 180 000 €. Cette expérimentation se fera avec la Martinique, la Dominique et Sainte-Lucie.

– Dans le cadre d’un appel à projet Martinique, nous sommes sur la perspective d’un cargo-voile pour le développement des échanges commerciaux, import-export entre iles inaugurant déjà un modèle adapté aux mutations climatiques et aux énergies renouvelables.

– Nous proposons un projet de renforcement de la collecte statistique et analyse économique des pays de l’OECS sur un partenariat entre la banque mondiale, le fonds monétaire international, la banque de développement des Caraïbes et la CEPALC. Un soutien financier INTERREG pourrait être envisagé.

– Dans le domaine de la santé, en termes de diagnostic pour le cancer, nous proposons l’installation d’un cyclotron qui s’inscrit dans une solidarité médicale dans la Caraïbe.

– Un des grands enjeux de ce 3eme millénaire est la question des déchets et de sa valorisation, à ce titre, nous voulons initier une démarche liée à l’économie circulaire impliquant l’OECS et les autres instances de la caraïbe autour de la question de la mutualisation et la valorisation des déchets.

Je ne peux terminer sans une pensée pour un des pays de la Caraïbe qui nous a ouvert la porte de l’émancipation et de la liberté.
C’est pourquoi à l’orée de notre adhésion, ma pensée va vers Haïti. Ce pays, dont le combat fut pour nous fondateur, a dû payer sa liberté contre le versement de plus de 150 millions de franc-or de l’époque. Une fortune qui aujourd’hui pourrait s’estimer à 120 milliards d’euros. Son élan vers la liberté, vers la Caraïbe et vers le monde, a été dès le départ cisaillé, voire brisé, par cette dette colossale qu’on lui a imposée. Dans notre construction d’une Caraïbe nouvelle, nous partageons les histoires, les mémoires, les symboles. Ce vivre-ensemble planétaire exige qu’aucune ombre ne demeure parmi nous.

Ce pays qui s’est légitimement opposé à l’une des plus grandes barbaries humaines, s’est vu obligé d’indemniser ses tortionnaires, de s’excuser pour sa victoire et de payer sa liberté ! Ce pays vit une misère indépassable liée aussi à cette dette instituée qui d’emblée a pesé lourdement sur son développement et sur l’instauration d’une démocratie du progrès. Tant que cette injustice ne sera pas réellement considérée, la Caraïbe portera une blessure. Haïti a besoin de nous, mais nous avons besoin d’une Haïti digne, respectée et honorée comme il se doit ! Nous devons y penser !

Ma référence à Flore Gaillard, Louis Delgrès, n’a pas pour objectif que de nous replonger dans la sublimation héroïque de l’histoire mais, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.
Il s’agit de tout faire pour que la Caraïbe participe aux compétitions du monde avec audace et innovation. Il s’agit de faire prendre conscience à nos peuples et plus particulièrement au peuple martiniquais de sa nouvelle position géostratégique, de sa pleine appartenance au bassin géographique caribéen et de son extraordinaire richesse naturelle notamment dans le domaine de la biodiversité.
Nous sommes un des grands hotspot du monde.
La nature nous redonne la main, c’est à nous de prendre la main de notre destin, dans le respect de nos différences.
C’est un moment historique mais c’est surtout un nouveau souffle. Dans le respect mutuel de nos institutions, ce nouvel souffle devrait ouvrir à notre jeunesse un espace doté d’une richesse humaine incroyable et d’un potentiel économique qui peut nous faire dire qu’un autre monde est possible.
Que ce 60ème sommet soit un succès. Merci à tous de m’avoir écouté.

Serge Letchimy
Président de la Région Martinique
Député de Martinique

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Caraïbe : La Martinique signe son adhésion officielle à l’OECS

By Rédac Creoleways

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Le 4 Janvier 2015, devant les chefs de Gouvernement et personnalités présentes, la Martinique a signé son adhésion officielle à l’Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale (OECS). Voici le discours prononcé à cette occasion par le Président de Région, Serge Letchimy.

*Formal greetings,

Pour la Martinique toute entière, pour chaque martiniquais, chaque martiniquaise, c’est un véritable honneur et surtout un bonheur de vous accueillir, ici, dans notre pays !

Un bonheur qui se nourrit bien sûr de notre fraternité, mais qui provient aussi du sentiment très clair de vivre une accélération de l’Histoire de notre Caraïbe !

Tout moment historique est toujours un évènement où les forces du passé et les dynamiques du futur se fécondent mutuellement.

C’est pourquoi, je ne peux m’empêcher de penser à cette femme mulâtresse, esclave rebelle de Sainte-Lucie, qui s’appelait Flore Gaillard. C’était en 1793. Les colonialistes Anglais tentaient de reprendre le contrôle de l’île-sœur qui était alors sous domination Française. Flore Gaillard s’était réfugiée dans les bois pour créer une armée hétéroclite composée bien sûr de nègres marrons, mais aussi de blancs révolutionnaires et d’Anglais déserteurs… Flore va d’abord tuer son ancien maître qui l’avait violée, puis, durant plus de cinq années, elle va persécuter les esclavagistes, dévaster les plantations, et vaincre les Anglais à plate couture lors de la fameuse bataille de Rabot. Ce qui me fascine chez cette femme qui avait été blessée au plus profond de ses chairs, c’est d’avoir compris que son combat n’était pas une affaire de race, de langues ou de drapeaux, mais que c’était d’abord une exigence de dignité humaine à laquelle tout un chacun, nègres marrons, républicains, déserteurs anglais, survivants amérindiens, pouvaient largement s’associer !

Je pense aussi à ce nègre marron de Jamaïque, le fameux général Cudjoe. Celui-là résista pendant plus de quarante ans à six commandements militaires esclavagistes, jusqu’à forcer les colonialistes à signer, en 1739, l’autonomie des territoires qu’il avait su conquérir. Cudjoe avait compris que le retour en Afrique leur était, à lui et à ses frères, désormais impossible, et qu’il lui fallait conquérir cette terre, habiter cet archipel où l’histoire l’avait jeté, et y dresser sa volonté.

Je pense enfin au Colonel Louis Delgrès, et à ses centaines de compagnons. Le 28 mai 1802, refusant le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, ils préférèrent mourir sur une poudrière plutôt que de renoncer à la liberté — à notre liberté ! On raconte qu’au moment de mourir, Louis Delgrès avait tenu à jouer du violon et que l’explosion l’aurait emporté au bout d’une mélodie. Par son sacrifice, Delgrès avait voulu s’élever au-dessus de tout et s’était adressé à l’univers tout entier. Il a voulu signifier que ce qui se jouait-là, dépassait la simple résistance à une barbarie pour s’inscrire dans l’universalité d’un très grand humanisme.

Tous ces hommes, toutes ces femmes ont nourri de leur sang et de leur volonté cet espace caribéen qui constitue aujourd’hui notre berceau commun. Leur force, leur esprit et surtout leur exemple sont maintenant avec nous !
Ils ouvraient les perspectives d’associations très larges, une posture de rassemblement et les prémices d’un autre monde possible.

Je les associe toutes et tous sans réserve à ce moment où nous allons formaliser l’amorce d’une expérience caribéenne nouvelle dans un monde en profonde mutation !

Rappelons ces dates-clés qui pour nous sont autant de dates historiques : Aout 2012, la Martinique signe son adhésion à la CEPALC – Avril 2014, adhésion à l’AEC et aujourd’hui, le 04 février 2015, adhésion à l’OECS et bientôt à la CARICOM — et je salue la présence de M. Erwin Laroque, secrétaire général de la CARICOM.
Ces avancées n’ont été possibles que par une volonté forte exprimée par les martiniquais, le courage de nombreux élus et acteurs martiniquais dont le plus éminent est Clovis Beauregard. Mais cette avancée est aussi liée à l’ouverture d’un nouveau champ de la coopération territoriale, celle de la diplomatie territoriale économique inaugurée par Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères de la France. Je profite pour saluer le travail fait par l’Etat et la présence ici du Préfet de Région, Monsieur Fabrice Rigoulet-Roze.

C’est donc un moment d’émotion historique et solennelle : la Martinique donne la main à son bassin de vie et à ses sœurs et frères de cœur ! Nous sommes heureux et fiers d’accueillir aujourd’hui le 60ème sommet de l’OECS !

Le monde change. Il est tout aussi violent. C’est un monde d’indépendance et d’interconnections où tout est possible, les régressions les plus extrêmes comme les avancées les plus étonnantes.
Nous plaçons cette adhésion dans une relation, où l’enfermement, l’égoïsme et la compétition aveugle n’ont pas leur place mais où l’éthique du respect, de la solidarité, de la fraternité sont des exigences de cette nouvelle forme de diplomatie et de coopération !

Au sein de cet espace qu’est la Caraïbe, un travail très important de politiques communes est engagé sur le plan législatif, règlementaire, fiscal, dans le domaine de la justice, de la santé, des déplacements, de la communication. La Martinique en toute humilité vient renforcer cette stratégie commune enclenchée depuis 34 ans par l’OECS.

Nous sommes face aux grands défis du monde et aucun de nous ne devrait croire que l’autonomie, ou l’indépendance, ou la régionalisation, constituent des gains inattaquables ou irréversibles pour des nations ou des régions en voie de développement. L’ombre de la mondialisation est aussi longue que son emprise est forte et elle porte en elle, le potentiel, sinon l’intention par les Etats puissants, qui, à distance, au sein d’une compétition mondiale ultra libérale, prennent le contrôle des moyens et des facteurs de production et compromettent les dynamiques internes de développement de nos pays.
C’était l’un des constats lucides faits par Percival James Patterson qui nous oblige à rechercher toutes les voies modernes et nouvelles de développement au cœur d’une dynamique économique capable de lutter contre toutes les formes de pauvreté et contre toutes les précarités.

Voilà donc le sens de notre adhésion d’aujourd’hui : le plus large contre le plus étroit ! C’est dans cet état d’esprit que nous ferons de notre Caraïbe toute entière, pas seulement un espace économique commun, pas seulement une géographie cordiale, mais véritablement, le lieu organisé d’un vivre-ensemble qui nous installe au cœur de nous-mêmes et qui nous dresse en face des grands défis du monde !

C’est dans cet état d’esprit que je suis favorable à ce que la grande conférence de l’ONU sur le climat, qui doit se tenir prochainement à Paris, intègre une conférence régionale, caribéenne que la Martinique serait fière de recevoir. Cela permettrait d’exprimer au monde, nos enjeux, nos défis et notre détermination face aux mutations climatiques et à la nécessaire transition énergétique.

Monsieur le Président, chers collègues, je sais que l’un des enjeux majeurs qui est d’ailleurs une crainte exprimée dans le cadre de nos adhésions, c’est la question de notre capacité institutionnelle de coopérer. Je veux dire ici que la Martinique ne vient ni dans une attitude condescendante, ni pour faire de la figuration.

Nous apportons nos moyens économiques qui constituent 60% du PIB de l’OECS et notre population (400 000 habitants). Avec l’arrivée prochaine de la Guadeloupe, l’OECS passera de 600000 personnes à un 1,5 million d’habitants. Nous agirons en toute humilité et avec le plus profond respect envers nos sœurs et frères de la caraïbe.

D’ores et déjà plusieurs propositions ont été approuvées lors de la plénière du 3 février 2015, elles pourront faire l’objet d’études approfondies de la part des instances de l’OECS.

– La première, je le rappelle, est l’organisation avec l’Etat, dans le cadre de la conférence mondiale du climat en décembre à Paris, d’une conférence caribéenne sur les mutations climatiques, un point en discussion avec Paris.

– La seconde, c’est la mise en place concertée d’un dispositif d’immersion de nos jeunes, non seulement linguistique mais aussi pédagogique au sein des familles et des lycées pour des durées suffisamment longues (on commencera par 15 jours) dans le cadre d’un ERASMUS Caraïbe que nous baptisons CESAIRUS, permettant à une centaine de jeunes aux cours des mois qui viennent d’intégrer leur environnement culturel et éducatif de proximité
Somme dégagée : 320 000 €

– Dans les 5 mois qui viennent une conférence de la connectivité dans la Grande caraïbe : aérien, maritime, énergétique, numérique, télévisuelle etc…
Un budget de 150 000 € a été voté hier

– Dans le cadre de la convention bilatérale avec Sainte-Lucie, un projet très concret de multi-destination touristique a été approuvé et engagé à titre expérimental, qui viendra compléter sur le plan culturel la coproduction entre Sainte-Lucie et Martinique, de l’œuvre cinématographique majeure de Dereck Walcott  » Ti Jean et ses frères ».

– Dans le cadre de la formation, une expérience dans le domaine touristique a été engagée, d’immersions-échanges entre Martinique et Antigua & Barbuda, pour la formation de nos professionnels de l’hôtellerie intitulée Immersions Echanges.

– Nous relançons la négociation avec une implication forte d’EDF et de GDF, sur la question de la géothermie en Dominique, l’objectif est l’alimentation de la Martinique et de la Guadeloupe à hauteur de 40 mégawatts par pays. Nous restons sur cette ligne.

– Avec la CEPALC, dans le domaine de l’énergie, nous étudions les mécanismes de financement sur des mesures d’efficacité énergétique et technicité d’énergies renouvelables avec un budget de 180 000 €. Cette expérimentation se fera avec la Martinique, la Dominique et Sainte-Lucie.

– Dans le cadre d’un appel à projet Martinique, nous sommes sur la perspective d’un cargo-voile pour le développement des échanges commerciaux, import-export entre iles inaugurant déjà un modèle adapté aux mutations climatiques et aux énergies renouvelables.

– Nous proposons un projet de renforcement de la collecte statistique et analyse économique des pays de l’OECS sur un partenariat entre la banque mondiale, le fonds monétaire international, la banque de développement des Caraïbes et la CEPALC. Un soutien financier INTERREG pourrait être envisagé.

– Dans le domaine de la santé, en termes de diagnostic pour le cancer, nous proposons l’installation d’un cyclotron qui s’inscrit dans une solidarité médicale dans la Caraïbe.

– Un des grands enjeux de ce 3eme millénaire est la question des déchets et de sa valorisation, à ce titre, nous voulons initier une démarche liée à l’économie circulaire impliquant l’OECS et les autres instances de la caraïbe autour de la question de la mutualisation et la valorisation des déchets.

Je ne peux terminer sans une pensée pour un des pays de la Caraïbe qui nous a ouvert la porte de l’émancipation et de la liberté.
C’est pourquoi à l’orée de notre adhésion, ma pensée va vers Haïti. Ce pays, dont le combat fut pour nous fondateur, a dû payer sa liberté contre le versement de plus de 150 millions de franc-or de l’époque. Une fortune qui aujourd’hui pourrait s’estimer à 120 milliards d’euros. Son élan vers la liberté, vers la Caraïbe et vers le monde, a été dès le départ cisaillé, voire brisé, par cette dette colossale qu’on lui a imposée. Dans notre construction d’une Caraïbe nouvelle, nous partageons les histoires, les mémoires, les symboles. Ce vivre-ensemble planétaire exige qu’aucune ombre ne demeure parmi nous.

Ce pays qui s’est légitimement opposé à l’une des plus grandes barbaries humaines, s’est vu obligé d’indemniser ses tortionnaires, de s’excuser pour sa victoire et de payer sa liberté ! Ce pays vit une misère indépassable liée aussi à cette dette instituée qui d’emblée a pesé lourdement sur son développement et sur l’instauration d’une démocratie du progrès. Tant que cette injustice ne sera pas réellement considérée, la Caraïbe portera une blessure. Haïti a besoin de nous, mais nous avons besoin d’une Haïti digne, respectée et honorée comme il se doit ! Nous devons y penser !

Ma référence à Flore Gaillard, Louis Delgrès, n’a pas pour objectif que de nous replonger dans la sublimation héroïque de l’histoire mais, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.
Il s’agit de tout faire pour que la Caraïbe participe aux compétitions du monde avec audace et innovation. Il s’agit de faire prendre conscience à nos peuples et plus particulièrement au peuple martiniquais de sa nouvelle position géostratégique, de sa pleine appartenance au bassin géographique caribéen et de son extraordinaire richesse naturelle notamment dans le domaine de la biodiversité.
Nous sommes un des grands hotspot du monde.
La nature nous redonne la main, c’est à nous de prendre la main de notre destin, dans le respect de nos différences.
C’est un moment historique mais c’est surtout un nouveau souffle. Dans le respect mutuel de nos institutions, ce nouvel souffle devrait ouvrir à notre jeunesse un espace doté d’une richesse humaine incroyable et d’un potentiel économique qui peut nous faire dire qu’un autre monde est possible.
Que ce 60ème sommet soit un succès. Merci à tous de m’avoir écouté.

Serge Letchimy
Président de la Région Martinique
Député de Martinique

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Caraïbe : La Martinique accueille la 60ème Réunion de l’OECS

By Rédac Creoleways

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Après l’adhésion à la CEPALC en août 2012 et à l’AEC en avril 2014, la Martinique poursuit son intégration au sein des grandes instances caribéennes. Dans ce cadre, elle sera l’hôte de la 60ème Réunion de l’OECS du 4 au 5 février 2015. Cette manifestation accueillera notamment les chefs de gouvernement des 9 pays membres de l’institution et leurs délégations :

  • Antigue et Barbude,
  • La Dominique,
  • Grenade,
  • St. Kitts et Nevis,
  • Sainte-Lucie,
  • Saint-Vincent et les Grenadines,
  • Montserrat, (territoire britannique -Membre)
  • Anguilla (territoire britannique – Membre associé)
  • Les Iles Vierges Britanniques (territoire britannique – Membre associé)

Le Gouverneur de la Banque Centrale, le Secrétaire Général de la CARICOM et le Directeur de la Banque caribéenne de Développement participeront également à cet événement. A cette occasion, le Président du Conseil Régional Serge Letchimy signera l’accord d’adhésion de la Martinique à l’OECS en qualité de membre associé. La cérémonie officielle se déroulera le 4 février 2015.

La Martinique en phase avec sa  » géographie cordiale »

L’intégration régionale et la coopération inter-îles au sein de l’OECS est facilitée par l’histoire commune de nos peuples, notre proximité géographique, notre vulnérabilité face aux risques naturels et grâce aux échanges familiaux, commerciaux, sportifs et culturels entre nos îles.

Pour le Président de la Région Martinique, Serge Letchimy, nous nous réconcilions avec notre géographie cordiale:

 » La Caraïbe est d’abord faite d’ancêtres partagés et de cultures originelles communes. Ce sont ces ancêtres et ces cultures anciennes qui rendent légitime, et donc inévitables, la reconnaissance de notre pays comme entité caribéenne ! [..] Notre appartenance à la Caraïbe, dépasse le seul cadre institutionnel, c’est véritablement une réconciliation avec notre géographie cordiale, donc avec nous-même. C’est la recherche de nouvelles richesses, de nouvelles voies de développement économique. »

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