Haut les prix ceci est un hold-up !

Des 15 € avec lesquels « t’as plus rien », seulement une partie marginale rémunère le producteur, pourtant créateur de base de richesse. Et c’est pourtant dans cette « distance » entre le consommateur final et celui qui réellement « produit », que disparaît finalement la plus grande partie de nos 15 €, c’est-à-dire dans la commercialisation du produit. La grande distribution, qui intervient justement à ce niveau, a créé un environnement où elle gagne sur les deux plans : sa relation avec les clients et sa relation avec les fournisseurs. C’est le lieu du braquage du siècle, encore mieux organisé que le casse de Spaggiari à Nice car il se fait continuellement et sur des sommes gigantesques.

La grande distribution en Guadeloupe rassemble, entre autres, les Carrefour, Cora, Ecomax, Leader Price, Huit à huit, Match. Ce sont les supermarchés ou hypermarchés où nous faisons nos courses. On y trouve de tout, on se sert et on va à la caisse. Le côté pratique, c’est qu’on trouve dans un même lieu sa brosse à dent et sa brosse à chiottes. Le métier, le savoir faire, la plus-value qu’apportent les grandes surfaces dans la chaine qui va du producteur au consommateur se résume donc ainsi : elles achètent en grandes quantités des produits de toutes sortes, les mettent en rayons pour les vendre au détail à des clients et veillent à ce que leurs stocks permettent de suivre la rotation des produits dans les rayons. Ce sont des commerçants, comme le lolo du coin, et ils rémunèrent ce métier en revendant le produit plus cher que le prix qu’ils ont payé au fournisseur.

« Le regroupement des magasins en chaînes leur permet de mener des opérations de communication d’envergure. Ils fonctionnent selon une politique d’achats groupés qui leur permet de jouer sur les prix. » (http://www.studyrama.com). Les grandes surfaces, contrairement au lolo du coin, se sont dotées d’une organisation qui leur « permet » par exemple de toucher une très large clientèle et ainsi de disposer d’une force de négociation face à leurs fournisseurs pour faire baisser les prix. Les petits commerçants généralistes et spécialisés, ne disposant pas de cette organisation survivent difficilement à cette guerre des prix et sont condamnés à se marginaliser.

Face à eux dans ce rapport de force, il y a d’une part les négociants qui vendent plusieurs produits importés et/ou locaux ,qu’ils ont eux même achetés à des producteurs, et d’autre part les producteurs guadeloupéens, pécheurs, éleveurs, agriculteurs ou industriels. Tous souhaitent évidemment avoir accès à cette demande abondante rassemblée en un seul lieu et certains en dépendent complètement. Les pêcheurs (producteurs) et mareyeurs (négociants), comme les éleveurs et certains agriculteurs notamment la considèrent désormais comme un débouché indispensable car nous allons de moins en moins à leur contact dans les marchés.

Mais étant « indispensables pour tous », les supermarchés et consorts peuvent facilement imposer leur conditions à tous les acteurs de la filière de production : le référencement, qui est le droit d’apparaître sur la liste de fournisseurs potentiels des distributeurs affiliés à la centrale d’achat, est un vrai un parcours du combattant.

La première étape en est de réussir à prendre contact avec le responsable achat d’une grande surface. Celui-ci n’est pas toujours très disponible puisqu’il est courant qu’il se charge des achats pour la zone antillo-guyanaise dans sa globalité. Premier test de votre endurance : vous pouvez patienter pendant un trimestre entier avant qu’il ne vous accorde un rendez-vous ! Après ce délai, et si vous avez été bon élève et apporté tous vos devoirs (un échantillon de chacun de vos produits, préparé la liste des codes barres, la liste de vos prix et surtout une estimation de vos ventes sur l’année), il peut encore s’écouler de trois mois à un an, en fonction de votre habilité à relancer monsieur l’acheteur et de l’intérêt que votre produit peut représenter, avant que ne soit mis en place un contrat de référencement..

Pourquoi ces délais ? Parce que les magasins s’assurent ainsi de la solidité des reins de celui avec qui ils vont traiter. Et oui, tout est pensé ! Mais revenons à notre contrat de référencement. Ce document détermine les obligations des uns et des autres, fixe des conditions de prix et de délais et instaure un système de ristournes obligatoires (qui grandissent avec les quantités vendues) et de services fournis au fournisseur. (Non ce n’est pas une coquille vous avez bien lu « fournis au fournisseur », c’est un peu l’arroseur arrosé en moins poétique, on y reviendra). Il n’y a donc aucune place pour la négociation, soit le fournisseur signe et s’engage à respecter toutes les conditions, notamment le prix, soit il ne signe pas et la relation s’arrête. Le distributeur fixe un prix de vente, lui permettant dans l’idéal de battre la concurrence, sur ce prix il applique la marge qu’il juge acceptable et obtient le prix auquel il va proposer de l’acheter à son fournisseur. Revenons sur l’exemple de la filière pêche car les écarts de prix entre les marchés et les supermarchés sont conséquents (Cf tableau comparatif des prix). L’acheteur du supermarché fixe un prix d’achat à un grossiste, qui après en avoir déduit sa propre marge propose son prix d’achat aux pécheurs. Si un supermarché propose à la vente 1 Kg de Daurade fraiche à 20€, il demande à un mareyeur de lui en fournir à 10 €/ kg, Celui-ci se rend donc sur un port de pêche et propose de l’acheter 8€/kg aux pécheurs voire beaucoup moins. Les producteurs ne peuvent donc jamais fixer un prix de vente en fonction de leurs coûts d’exploitation et doivent dans ce système accepter le prix qui leur est proposé, quitte à perdre de l’argent quand leurs charges augmentent (augmentation du prix du pétrole par exemple). D’autant plus, je vous le rappelle, que le métier d’un pêcheur n’est pas la vente.

Le fournisseur gagne donc par maints efforts le droit d’être référencé, mais son produit n’est pas encore forcément en rayon. Par ailleurs, le distributeur peut favoriser ou non les ventes du produit en le plaçant plus ou moins bien dans les rayons. Le fournisseur est donc toujours en situation de demandeur et devra consentir encore à quelques efforts financiers pour que son produit soit bien vendu. Au cours de la vie du contrat de référencement, renouvelable annuellement, il doit payer le distributeur pour qu’il place ses produits en rayons et gère son stock, c’est-à-dire pour qu’il exerce son métier. Le distributeur qui par définition se paie par la marge sur le prix de vente, se paie une deuxième fois par ce système de marge sur le prix d’achat appelée « marge arrière » et qui revêt plusieurs formes. Dans la pratique, si le distributeur veut gagner un peu plus de marge arrière, il s’arrange pour que le produit ne soit pas « bien » mis en rayon et force son fournisseur à venir « négocier » une meilleure place, l’idéal étant la tête de gondole.

Sachez par ailleurs que lorsque une opération de promotion sur le lieu de vente est réalisée, elle est entièrement supportée par les producteurs et négociants fournisseurs des grandes surfaces, sachez qu’un fournisseur doit payer le fait de figurer sur un catalogue de vente et bien souvent baisser son prix par la même occasion car qui dit catalogue dit offre promotionnelle. Les ventes des grandes surfaces augmentent ainsi grâce à une communication financée par les fournisseurs et les acheteurs ont la possibilité de sanctionner ceux qui n’y participent pas assez par une mauvaise place dans les linéaires ou par le non renouvellement du contrat de référencement. Gardez bien en tête que lorsque votre grande surface vous propose une promotion qui se matérialise par une baisse des prix, elle la répercute, dans la majeure partie des cas, sur son fournisseur qui préférerait certainement que l’effort sur la baisse de la marge soit partagé avec le distributeur.

Jusque là, le producteur a relancé le magasin, payé pour que son produit soit bien placé, payé pour que son produit fasse partie des promotions sur le catalogue en papier glacé, peut-être aussi pour mettre une jolie personne pour promouvoir son produit…mais, et sans lui gâcher sa joie, ça ne suffira pas. Il lui faudra aussi payer un pourcentage sur le chiffre d’affaire (je n’ai pas dit bénéfice) qu’il fera.

Le rapport de force qui s’exerce dans la négociation entre la grande distribution et ses fournisseurs est, de toutes les façons, toujours en faveur des grandes surfaces. En effet, quelle que soit l’organisation en face, si la grande distribution décide de ne pas référencer son produit, la perte d’opportunité est immense pour le producteur ; elle concerne des ventes à très grande échelle. Par exemple, bien que Coca-Cola soit par la taille et la puissance bien supérieur au Groupe Bernard Hayot, si les supermarchés de ce groupe décident de ne pas référencer la boisson gazeuse, Coca perd énormément d’argent. Mais le rapport, sans être équitable, reste viable car Coca-Cola est un leader sans réel concurrent qu’il convient d’avoir dans sa gamme afin d’avoir l’offre la plus complète possible. Si on n’y trouvait pas aussi des produits frais, on serait certainement amené à s’y rendre moins souvent, et on achèterait globalement moins de produits annexes à notre alimentation. Si on n’avait pas « besoin » de yaourts, on n’aurait peut-être jamais eu envie de lessive parfum citron-pays. Bref, que tout soit concentré nous permets de découvrir plein de nouveautés et ainsi d’acheter plein de produits, qui sans la grande distribution n’auraient jamais été créés, faute de canal approprié à la vente.

  Le rapport se durcit quand l’interlocuteur est de plus petite taille et n’a pas d’autre débouché que la grande distribution alors que celle-ci dispose de multiples sources d’approvisionnement. Rappelons que, au vu de notre consommation globale, il est indispensable de faire appel aux produits importés : la production locale ne suffit pas. « Nous ne produisons rien en Guadeloupe », me lance un négociant. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais nous ne produisons pas assez. La grande distribution doit faire appel à l’importation pour compléter son offre. Et du coup, car les produits importés peuvent revenir moins chers finalement, elle pourrait presque se passer des producteurs locaux. Sur ce triste constat, les producteurs sont alors mis en concurrence pour vendre aux supermarchés et celui qui propose le prix le plus bas obtient le marché.

Ainsi, avant la signature de la charte de juillet 2008, cette mise en concurrence directe de l’importation avec les produits locaux étaient réalisées lors des ventes promotionnelles. Par exemple pendant le Carême, alors que traditionnellement on ne mange pas de viande en Guadeloupe et que c’est « la saison des daurades », les grandes surfaces proposaient régulièrement des promotions sur de la daurade congelée importée. La charte signée (CF article Vivement le sashimi thon made in Gwada ) perçue par certains producteurs comme une amorce de « pacte de non agression » vient aujourd’hui réglementer ces rapports. Les groupes de la grande distribution ont consenti à renoncer à ce type de promotion. L’état est intervenu, il reconnaît donc qu’il y a matière à réglementer pour la protection des producteurs face aux géants de la grande distribution.

Il est donc nécessaire que les producteurs se fédèrent pour disposer d’un poids de négociation suffisant et avoir des relations plus équilibrées. C’est ainsi que la fédération nationale des producteurs de légume-s, en Métropole, a obtenu gain de cause face à Carrefour (Cf article Carrefour label de la bête), sans risquer de perdre sa place dans les linéaires de ce distributeur. Nos grandes surfaces ont besoin de l’offre de nos producteurs locaux, pour avoir une offre complète et pour des raisons d’image, le rapport de force peut donc être plus équitable si les producteurs en ont conscience et sont organisés.

Enfin, souvenons-nous que c’est notre propre consommation qui donne cette force aux magasins. Nous pourrions, pour certains produits, nous passer de ce circuit de distribution, et les producteurs comme les consommateurs auraient alors à gagner : le producteur vend plus cher directement au consommateur qu’aux grandes surfaces donc gagne plus, et le consommateur paie moins chez le producteur que dans la grande surface. Il ne tient qu’à nous, donc, qu’une partie de la richesse créée en Guadeloupe échappe à la main basse du gang des distributeurs franchisés.

Posté: 2008-12-26 18:07:36

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Entretien avec Eric Broussillon sociologue

Le constat

Le premier constat, même s’il résulte d’une observation superficielle, permet de remarquer que les jeux d’argent ont une place importante dans notre société, tant par le nombre de joueurs, que par l’importance des sommes mises en jeu. Incontestablement les paris qui brassent le plus d’argent sur l’ensemble du territoire concernent les courses de chevaux On se souvient d’ailleurs, il y a quelques années de cela que la direction nationale française du PMU s’était déplacée en Guadeloupe pour récompenser un compatriote des Abymes au titre de plus gros revendeur de billets de PMU de France et « féliciter » aussi les guadeloupéens de s’adonner à cette passion, autrement dit de contribuer au développement de cette entreprise d’Etat. Les jeux occupent donc une place importante dans les activités quotidiennes de très nombreux guadeloupéens. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de se rendre n’importe quel jour de la semaine en un lieu de pari où les courses sont évidemment retransmises en direct pour voir la passion qui anime les parieurs, leur connaissance du pedigree des chevaux en compétition, ainsi que de l’essentiel du palmarès des jockeys. Et je ne parle même pas de leur expertise en matière de connaissance du terrain (gelé ou pas) et autres subtilités qui échappent aux non avertis. Cela est à mon avis, le premier constat que l’on peut faire et qui est à la portée de tous.

Qui joue ?

Eh bien, tout le monde, toutes les classes et catégories sociales ! Autrefois certains se montraient discrets, surtout ceux des classes moyennes et supérieures. Empreints d’un sentiment de culpabilité ou de honte ils tentaient tant bien que mal de masquer leur addiction. S’il vous arrivait un jour de les surprendre, ils indiquaient immanquablement le caractère exceptionnel de ce jour-là, ou alors affirmaient t-ils l’air gêné ! « c’était pour voir », pour « essayer » etc.. Depuis quelques années maintenant cette catégorie de joueurs ne se cache plus, elle assume .Plus besoin de se justifier Ainsi certains intellectuels, qui n’auraient jamais avoué s’adonner à des jeux d’argent osent maintenant se mêler aux parieurs des classes populaires pour eux aussi « fè chouval a yo kouri » non seulement le samedi et dimanche matin, mais tous les jours.. On constate donc que la culpabilité liée eu jeu a disparu, et que mieux se développe maintenant une sorte de snobisme du joueur. Il y a maintenant en la matière ceux qui savent et ceux qui n’y comprennent rien. Faire partie du premier groupe c’est être membre de la confrérie des initiés. De plus les deux sexes sont concernés . Hommes et femmes jouent Dans les files de PMU on n’est plus surpris de voir les femmes en grand nombre… Et d’ailleurs pourquoi les hommes devraient t-ils être les seuls à avoir le « privilège » d’être accro ? La chose est encore plus frappante quand on se rend au Casino ou on joue quelquefois en couple. Toutes les tranches d’âge sont concernées mais surtout celle des jeunes adultes, c’est-à-dire à partir de 24-25 ans (‘l’âge à partir duquel on perçoit le RMI que malheureusement quelques uns perdent en une soirée comme on a pu le constater). Par contre les plus jeunes les 15-24 ans, sont moins joueurs (manque de moyens sans doute) ou plutôt s’adonnent à d’autres jeux qui pourraient faire l’objet d’une autre conversation. Donc on joue beaucoup, tout le monde joue, toute les classes d’âge à partir de 25 ans, et les deux sexes, homme et femme. Au Casino du Gosier par exemple des joueurs qui ont tout perdu dans une soirée à la machine à sous squattent le parking du casino afin d’être les premiers et ne laisser personne d’autre s’installer sur cette machine de crainte qu’elle ne récupère tout l’argent qu’il y a déjà mis. Mais ce constat ne vaut pas que pour les jeux d’argent modernes. Dans nos jeux traditionnels, tout le monde jouait aussi. Je veux dire que dans nos « pit-a-cok » on retrouvait aussi bien le chômeur, l’ouvrier, l’employeur, le directeur d’établissement scolaire, ou même le médecin du coin, etc… Ici tout le monde a toujours joué aux jeux d’argent… Et maintenant que l’on a doté nos « pit » du nom élégant de « gallodrome », alors ça fait bien. La sémantique en a fait un espace fréquentable ou madame endimanchée peut accompagner monsieur sans perdre sa réputation. Il existe d’autres constats troublants. S’agissant des courses de chevaux par exemple on s’aperçoit que des gens à la limite de l’illettrisme ont élaboré une stratégie du déchiffrage afin de lire « Pari Turf » (qui soit dit en passant est sans doute le journal le plus vendu après France-Antilles) pour décrypter, intégrer et assimiler des données qui sont particulièrement complexes pour le non initié : à savoir l’âge, le poids, les handicaps du cheval, mais aussi les petits trucs du jokey etc… Tout se passe comme si le niveau de lecture n’est pas un obstacle dans ce domaine. Autre chose à signaler au sujet des courses de chevaux c’est l’appropriation que le joueur fait du jeu. Il est sien. Les chevaux lui appartiennent presque et il les « supporte » comme d’autres se sentent marseillais ou parisiens en matière de football. Il n’est plus en Guadeloupe quand démarre la course mais à Longchamp ou à Vincennes. Le numéro des chevaux joués à la main , les yeux écarquillés, il commente chaque foulée, encourage son favori, peste contre la malchance et se répand en commentaires à la fin de l’épreuve avant de miser pour celle qui aura lieu dans les minutes qui suivent.

Pourquoi joue t-on ?

Il existe une première raison évidente, classique, valable pour toutes les contrées ; et dans tous les pays. C’est l’espoir de gagner une somme importante. On peut dire que plus on se situe dans des endroits où les gens sont en situation difficile, plus ils sont tentés de jouer et plus ils espèrent gagner. Pour ce qui est de la Guadeloupe Je pense que les jeux d’argent modernes sont venus s’installer sur un terrain propice .Les Guadeloupéens jouaient aux combats de coqs,, aux « grenn dé », a « i ka i pa ka, » aux dominos, etc… Dans ces jeux d’argent traditionnels, on pouvait certes espérer gagner quelque chose, mais il ne s’agissait jamais de fortunes. C’était donc beaucoup plus la passion du jeu qui primait, au point que celui qui avait gagné remettait souvent son gain en jeu. Dans les jeux modernes c’est l’espoir de devenir riche qui prédomine, espoir renforcé par la médiatisation et la mise en scène des rares heureux gagnants..Il s’agit de distiller l’idée que la fortune est à portée de main, accessible à tous ceux qui osent. Quand on vous annonce que le bureau à 150 mètres de chez vous a permis à quelqu’un de gagner 100 000 euros, cela représente une force attractive considérable.

Les jeux les plus prisés en Guadeloupe

Au jour d’aujourd’hui les courses de chevaux arrivent en tête avec toute la panoplie de combinaisons possibles : Tiercé, Quarté, Quinté, Placé, etc… afin de s’adresser au plus grand nombre de joueurs. Ensuite viennent le LOTO et toute ses petites sœurs KENO, EURO MILLION etc… parce que c’est là qu’on espère gagner le gros lot ainsi que tous jeux de grattage. Le Casino constitue un lieu de consommation de jeux d’argent à part, spécial, du fait de tout le décor mis en place. On va jouer certes, mais on est dans un lieu plus sélect dans lequel il y a un décorum, avec des espaces différenciés selon l’importance de sa mise. Si vous allez avec vos pièces de deux euros, vous irez aux machines à sous, tandis que si vous jouez gros, vous serez à la table. L’influence du casino s’est élargie grâce un stratégie commerciale habile de diversification de l’ offre : cinéma, restaurant etc… C’est une pratique pour attirer les familles. Il s’agit d’une technique de produits d’appel comme dans les supermarchés. Elle a pour but de permettre au client qui ne serait pas spontanément venu au Casino pour jouer, d’y entrer pour voir un film ou boire un verre, et progressivement faire l’expérience de la machine à sous. C’est déculpabilisant, parce qu’on a le sentiment que le Casino n’est plus ce lieu de perdition décrit dans les films mais un endroit tout a fait convenable… C’est la perception de l’endroit qui change.

Le regard de notre société sur les jeux d’argent

Ce qui ne cesse de me surprendre malgré l’ancienneté du phénomène, et les explications multiples données par les analystes, c’est la rapidité avec laquelle nos compatriotes s’accommodent de tout et en usent jusqu’à consumation. Et ce n’est pas que pour les jeux d’argent que notre société fonctionne comme une éponge, si vous voyez ce que je veux dire. Vous comprenez bien que cela nous emmènerait à parler d’autres questions : prise de conscience nationale, lutte idéologique, problème politico-culturel …évidemment….

En conclusion

Je n’ai pas une approche chrétienne des jeux d’argent. Je ne les pense pas en termes de bien ou de mal. Moi je constate que les jeux d’argent modernes imprègnent la société guadeloupéenne, je constate que les produits qu’ils génèrent ne profitent pas à notre pays parce que nous n’avons la maîtrise de pas grand chose. Je remarque que ce véritable miroir aux alouettes entraine une forme de démobilisation, donc pour moi, nous sommes en danger. Et tout le reste constitue des considérations qui n’ont pas beaucoup d’importance selon moi. Que faudrait-il en faire dans une autre configuration politique ? Sans doute ne pas les interdire bêtement et brutalement car on sait que toute mesure de ce genre n’aurait pour effet que de créer un immense secteur clandestin. Il n’est pas interdit de vouloir « transformer une mauvaise chose en une bonne chose » comme on disait encore dans les années 70 en citant un leader politique étrange, mais c’est un autre débat.



Posté: 2008-11-01 02:14:00


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Invitation à dîner chez des blancs Créoles

Ce soir, vous êtes invité à la table des Boulogne, Ruiller, Titeca, Wachter ou encore Dormoy. Cependant, je vous en prie, ne vous gonflez pas de fierté en y voyant une quelconque récompense. J’ai espoir que vos ambitions ne sont pas restreintes à ces privilèges illusoires. Considérez plutôt que c’est là une opportunité, une fois n’est pas coutume, de pénétrer dans la sphère privée de ce groupe

qui, bien que constituant une des composantes de la population guadeloupéenne est quant au fond peu connu du reste de la population (noirs, indiens, mulâtres).

 

Certes nous avons en tête une image d’eux, mais elle est souvent floue car en réalité nous les côtoyons à peine. En fait, les blancs créoles, pour la plupart, forment un groupe que l’on croise uniquement dans un espace public qui est non seulement restreint mais également souvent déformé par nos propres contradictions. C’est dans ce même espace qui l’on tend à donner une image idéalisée d’un « harmonieux brassage de races » (La lutte des Castes – les dossiers du Canard, avril 1996). Nous devons admettre que contrairement à leurs « cousins » békés de la Martinique, leur fortune est beaucoup moins importante en raison d’un émiettement de leur patrimoine au cours de l’Histoire (cf article « Mais qui sont-ils ?) Cependant, malgré ces revers de fortune et des différences de niveau social assez marquées au sein même du groupe une question pourrait leur être posée : Comment un groupe qui représente 1% de la population de l’île arrive-t-il à conserver une intégrité ethnique ?
Ils refuseront peut-être de vous répondre pensant que ce type de sujet ne se discute pas en dehors d’un cercle d’intimes. Mais qui sait, peut-être avoueront-ils à demi-mot comme a dit l’un d’entre eux pour signifier que des unions mixtes ont eu lieu dans le passé : « parmi nous certains ont un peu de tôles ondulées » (référence aux cheveux crépus).

Mais ces révélations restent souvent des secrets de famille. Malgré les différences que nous avons pu évoquer entre békés martiniquais et blancs créoles de la Guadeloupe, les blancs créoles que nous avons interrogés ont mis en avant au cours de la conversation, comme les békés martiniquais et peut-être sans même s’en rendre compte, l’importance de la famille et du mariage pour la cohésion et la préservation du groupe. A ce titre, le travail de pionnier effectué par la canadienne Edith Kováts Beaudoux peut nous éclairer (voir bibliographie ci-dessous). Elle qui a étudié les blancs créoles de la Martinique à la fin des années 60 et qui, en rééditant son livre en 2002, a constaté que son analyse conserve encore toute sa pertinence.

Edith Kováts Beaudoux nous explique que « chez les blancs créoles la famille et le patronyme identifient immédiatement l’individu. Ce dernier non seulement s’appuie sur sa famille mais du point de vue social est immergé dans le milieu familial auquel il est assimilé, au détriment d’une identité individuelle ». C’est avant tout la femme qui assure l’ éducation des enfants, secondée en général par la bonne et par des tantes ou d’autres membres de la famille. La femme blanche, comme dans le reste de l’Amérique des Plantations où Blancs et Noirs et parfois Indiens se trouvent en présence, « a valeur de symbole de la « pureté » de la race blanche et elle permet à cette race de se perpétuer sans « souillure » ». L’homme en revanche qui bénéficie d’un statut supérieur a la charge des affaires de la famille, il fait figure d’autorité. Le respect porté au père est très fort et la société est plutôt une société patriarcale.

Pour Edith Kováts Beaudoux le mariage, au niveau du choix du conjoint est le mécanisme le plus important de la dynamique du groupe. A ce titre « les mariages interraciaux sont fortement prohibés dans la mesure où l’appartenance au groupe créole est d’être blanc ». Elle observe que les mésalliances de ce type sont généralement plus fréquentes que l’on ne veut l’admettre mais elles sont considérées comme une tare et les parents du mésallié se sentiront souvent gênés vis-à-vis des autres blancs créoles. « Au sein du groupe, le choix du conjoint est dicté par des critères faisant référence à l’ordre social (ancienneté, nom des familles, prestige) ainsi que des facteurs d’ordre économique (nature et étendue des avoirs). (…) (…) Un nombre de plus en plus élevé de mariages a lieu avec des blancs métropolitains dû au fait que de nombreux jeunes blancs créoles partent poursuivre leurs études en France et sortent ainsi, durant cette période du cercle fermé de leurs fréquentations sur l’île ». « De plus, le groupe, « menacé dans sa survie a dû établir une hiérarchie des valeurs, des points névralgiques à défendre, et la priorité semble attribuée au désir de maintenir la pureté raciale, sauf à bouleverser la stratification interne du groupe. C’est ainsi qu’à un certain degré dans « l’échelle des choix, on préfère épouser « n’importe qui » dans le groupe des blancs créoles, même à la rigueur un « petit blanc » ».

Aujourd’hui le groupe tente de rationaliser ces choix en mettant en avant la pression sociale qui s’exercerait sur les couples mixtes. C’est ainsi qu’un blanc créole guadeloupéen que nous avons rencontré nous a fait un beau plaidoyer sur les valeurs d’abnégation que requiet le mariage. Le but étant de nous expliquer les difficultés supplémentaires que constituerait dans ce cas le mariage mixte dans la mesure où les mariés seraient confrontés à des différences culturelles importantes. C’est le même qui, paradoxalement, un peu plus tôt dans l’entretien, en évoquant la colonisation de l’île, a parlé du « métissage culturel des blancs créoles ». Il soutenait alors que depuis le XVIIe siècle les blancs créoles avaient assimilé « les valeurs des noirs et ensuite celles des Indiens tout comme noirs et indiens avaient assimilé les valeurs des blancs créoles ». A croire que ce « métissage culturel » est plus ou moins prégnant en fonction des intérêts qui sont en jeu.
Ce même interlocuteur précise ensuite que les fêtes de jeunes sont devenues aujourd’hui des cercles plus ouverts où noirs, mulâtres et indiens sont de plus en plus invités. Pour le vérifier nous avons fait une petite expérience amusante en allant surfer sur facebook, un site de réseau social très en vogue où se retrouve principalement des moins de 35 ans. Ce site permet en tapant le nom d’une personne d’avoir accès au nom et à la photo de « ses amis ». Nous avons donc tapoté différents noms de blancs pays (Bonnet, Dormoy, De lavigne, Nesty, Marsolle etc.) et avons constaté en analysant le réseau social de 10 jeunes blancs créoles pris au hasard que seuls 6% de leurs amis étaient « non-blancs » (antillais et autres). Aussi, il nous semble finalement que dans le privé, même en 2008, il y a peu d’interaction avec le reste de la population.

Malgré tout, durant ce dîner exceptionnel que vous aurez avec les blancs créoles guadeloupéens, vous pourrez ensemble faire le même constat : celui d’une puissance économique qui contrairement au cas de la Martinique, est principalement entre les mains d’étrangers à l’île. Peut-être évoquerez-vous aussi, comme le fait Edith Kovátz Beaudoux en 1969, le « nombre important de métropolitains (…) qui n’entretiennent pas avec la population de couleur les rapports de type personnalisé qui subsistent encore à la Martinique du fait des Créoles ».

Alors, qui sait si vous ne comprendrez pas, tous ensemble, d’où vient la tendance à la mobilisation des Guadeloupéens qui, partageant la conscience d’être dépossédés des richesses du pays, sont prêts à se battre pour ce qui leur est dû.

Posté: 2008-09-28 23:49:11

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Des mandats d’arrêt du Rwanda contre des personnalités françaises

Suite à la sortie du rapport Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide rwandais, bon nombre d’informations importantes sur le sujet semblent être occultées par les médias français. En avez-vous entendu un mot au 20h sur votre chaîne de télévision préférée ?

Pourtant, il y a de la matière :
- La France continue de nier toute implication malgré la richesse et la précision du rapport Mucyo, dont nous parlons dans le dernier Mika de septembre.
- Alors que le juge français Jean-Louis Bruguière avait inculpé l’actuel président rwandais Paul Kagame et son entourage politique en 2006, les avocats de certains prévenus dénoncent le « silence étourdissant » et la mauvaise foi de la justice française.
- Et, il me semble, une nouvelle qui devrait faire la une de tous les médias : le Rwanda annonce qu’au vu du contenu du rapport récemment diffusé, le pays lancera probablement des mandats d’arrêt contre des militaires et ténors politiques français [1]

Ces infos, nous les trouvons plus facilement chez des journalistes belges ou la presse anglaise ou américaine.

En attendant, de quoi nous régalent les unes des journaux et télévisions ? De la croissance française qui n’atteindrait que 1,7%, sur le site du Monde, de l’université d’été du Modem ou, sur toutes les télévisions, de Devedjan qui ouvrait la danse dans la boîte de nuit de celle de l’UMP.

Et je vous avoue que les résultats de Yahoo News à ma recherche d’information sur le Rwanda étaient plutôt affligeants, du foot et la version française des faits :

Quand Yahoo actualités se penche sur le Rwanda...

Je sais pas trop comment dire ça, ni par où commencer : Robert Ménard s’indigne, certes, de Sarkozy en Chine mais ne dit pas un mot de l’omerta médiatique sur le rwanda et le pire des crimes qui y a été commis. L’attention semble se focaliser plutôt sur des préoccupations futiles et nombrilistes (ah la défaite de l’équipe de France contre l’Autriche 3-1, quelle catastrophe !) et les quelques affaires qui éclatent n’éclaboussent que symboliquement les principaux protagonistes (petit rappel, ce sont bien 198 millions d’euros que Bernard Tapie a empochés…).

A croire que quand les journalistes français mettent le nez dehors, c’est surtout pour ramener des clichés de Talibans sinistrement exhibitionnistes, pas tellement pour montrer la guerre que mène la mère patrie en Afghanistan, ou pour se lamenter un peu sur les 600 morts en Haïti pendant un flash de 5 secondes, beaucoup sur la Nouvelle Orléans, avec pas moins de trois reportages sur BFM TV aujourd’hui.

Posté: 2008-09-08 00:37:33

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Bienvenue au Marisol : magouilles, défisc’ et prison dorée…

Tout commence par des tractations foncières autour d’un terrain situé à Bas du Fort. Ce terrain, qui appartenait à la Commune suite à l’expropriation des propriétaires de l’époque, a été vendu à la SODEG au franc symbolique. Cette société d’économie mixte l’a viabilisé grâce aux subventions du Conseil Général qui, en misant sur le tourisme pour redynamiser l’économie de l’île, a voulu s’investir dans le projet. C’est dans cette optique que le terrain est classé en zone à caractère touristique (UT). Ce qui veut dire que seuls des projets à visée touristique peuvent y être réalisés.

 

A ce titre, une fois viabilisé, la SODEG l’a revendu à une société hôtelière qui y a édifié un hôtel, le Marisol, cédé par la suite au groupe Accor. Quand les derniers restes du développement touristique version groupe Accor ont été carbonisés par les réacteurs de l’avion qui a emporté ses dirigeants vers d’autres marchés plus juteux, l’hôtel a été revendu au groupe hôtelier Gad Errera.

C’est là que notre Grand navigateur en eaux troubles entre en scène. À la tête d’une quinzaine de société dont la SEMSAMAR, le tout puissant Fisher rachète le Marisol par le biais de la société VERDI dont le capital est détenu moitié par la SEMSAMAR moitié par la société SOPRONOR dirigée par Alain Crenn.

Fisher décide d’entreprendre un projet immobilier en défiscalisation : 162 appartements « standing » destinés exclusivement à la vente sans aucun objectif de développement touristique et de création d’emplois, contrairement à ce qu’impose le plan d’occupation des sols (le fameux classement en zone à caractère touristique).

Et là, surprise, il obtient son permis de construire sans problème ! Il est donc possible d’obtenir ce précieux document tout en violant et les règles du Plan d’Occupation des Sols et le Schéma d’Aménagement Régional. Le bougre se défend parce qu’en réalité, nous n’avons pas compris qu’avec sa longue-vue, il voit loin. Il voit tellement loin qu’il prétend qu’à terme, après la défiscalisation, les nouveaux propriétaires de ces logements vont tous louer leurs appartements aux touristes. Ainsi, éventuellement, les préconisations du plan d’occupation des sols seront respectées. Il suffit simplement d’attendre 5 , 10, 20 ans, jamais ? Qui sait ?

Mieux ! FishSamar est aussi Magicien puisqu’il obtient ce fameux permis de construire en un temps record. Là où nos services locaux mettent en moyenne bien six mois (au mieux) pour instruire et délivrer le permis, lui il l’obtient en pratiquement un mois en faisant sa demande en pleines fêtes de fin d’année. Il semble qu’entre deux jambons de Noël et trois schrubbs, la Générale des Eaux, le SDIS et EDF ont trouvé le temps de traiter ce dossier d’une très haute importance. Du jamais vu. Même les services de l’Etat ont fait diligence, notamment l’Architecte des bâtiments de France qui a donné un avis favorable au projet le 02 janvier 2006 alors même qu’il n’était pas dans le département à cette période. Quelle Prouesse !

Tant qu’à faire il décide de ne pas s’arrêter en si bon chemin, car pour bâtir le nouveau et rutilant Marisol il a bien fallu démolir l’ancien et comme le dit l’adage : « le temps c’est de l’argent ». Aussi, la démolition s’est faite précipitamment, sans aucun respect des règles en vigueur (désamiantage, tri de la ferraille) et les déblais entreposés dans la mangrove, à Jarry, sur le terrain d’un gros entrepreneur du BTP, à la vue de tous, notamment de nos élus étrangement peu loquaces sur le sujet. Même notre grand défenseur local de la cause écologique a vite fait mine de ne rien voir. Ce manège vous donne le tournis ? Accrochez vous car ce n’est pas fini.

Pour l’obtention du permis de construire l’avis final revient au Mairie puisque c’est lui qui délivre le document. Or, l’actuel Maire du Gosier, comme nous l’avons vu, l’a délivré sans sourciller. Peut-être parce qu’entre la Mairie et Fisher des liens forts semblent s’être instaurés ? Le partenaire de Fisher dans la société Verdi, Alain Crenn, n’est rien d’autre que le compagnon de la sœur du Maire. Et ce dernier, en tant que fier représentant du Conseil Général, est le Vice-Président du Conseil d’Administration de la SEMSAMAR. Une vraie petite famille !

On pourrait aussi s’interroger sur l’ascension fulgurante de cet Alain Crenn, un « grand dans le domaine de l’immobilier » dixit Fisher (France Antilles, 04/04/2006). Quelle reconversion épatante pour un ancien infirmier à la retraite !

Mais avant de finir notre tour de manège, arrêtons-nous plutôt sur les différentes tentatives d’opposition au projet, car il y en a eu. D’abord une association, URAPEG qui par l’intermédiaire de son avocat dépose, devant le Tribunal Administratif, une plainte en référé (procédure permettant de demander au juge d’ordonner des mesures provisoires mais rapides afin de préserver les droits du demandeur). Dans la foulée, Christian Thénard, élu de l’opposition, dépose un recours en tant qu’élu de la Ville mais ne fait pas de référé puisque l’association en a déjà fait un. Thenard dénonce le fait que le permis de construire ne soit pas conforme aux règles d’urbanisme et que l’instruction ait été précipitée. Face à ces accusations, la Mairie, directement visée, ne réagit point. Seul Fisher répond par l’intermédiaire d’un grand cabinet d’avocat parisien. Et puis, peu de temps avant la décision du Tribunal Administratif, fait étrange, l’association URAPEG retire sa plainte sans aucune explication… humm… Vous avez dit bizarre ?!

En parallèle, la société VERDI assigne Christian Thénard devant le Tribunal de Grande Instance pour recours abusif, en lui réclamant 3 millions d’euros de dommages et intérêts… Face à la pression et en l’absence d’une possibilité de référé, évaporée avec le retrait de la plainte de l’association, Thenard abandonne son recours.

Pourquoi s’étonner que cette association et cet élu de l’opposition aient dépensé autant d’énergie inutilement ? Pourquoi également être sceptique quand une des principales radios locales prévoit de faire une émission en direct dédiée à l’affaire Marisol et qu’elle l’annule à la dernière minute là encore sans aucune explication ? Pourquoi se crisper en apprenant que le siège social de la société VERDI est situé dans le même immeuble que le siège du parti politique du Président d’une de nos Collectivités territoriales ?

Enfin ! Il n’y a pas lieu de s’inquiéter ! Fisher n’a t-il pas dit qu’ en achetant le Marisol il a permis : « de sauver des emplois, de reconcentrer l’activité sur le Novotel qui affiche maintenant un taux de remplissage de 90% » [2]. Ouf, nous voilà rassurés ! Le Grand Pirate est en fait un bon samaritain. Il ne faut donc surtout pas l’arrêter. Alors, tournez manège !

Posté: 2008-09-02 00:34:00

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Défiscalisation aux Antilles

Premier arrêt : la parcelle cadastrée BX 936

Anse Vinaigri, petite crique fort sympathique, nous tombons sur M. Saada, le patron des magasins BUT et promoteur immobilier à ses heures perdues. On apprend qu’il y a acheté des mains d’un ingénieur en bâtiment un terrain très étroit et quasi inexploitable. Mais notre « meubleur »-promoteur a du flair, car son terrain est situé juste derrière une bande de terre classée « non constructible » donnant directement sur l’anse Vinaigri, et qui par ailleurs est la propriété de la Mairie du Gosier.

 

En plus d’avoir du flair notre « meubleur »-promoteur est un peu sans-gêne : car il ne s’est pas embarrassé de scrupules pour grignoter largement sur le terrain non constructible de la Mairie. Et aujourd’hui on voit se dresser le joli programme en défiscalisation, constitué de 4 petites villas les pieds dans l’eau, qu’il a opportunément nommé « Beaux Rivages ». Pourquoi se gêner ?

D’autant que le Maire a déjà été interpellé sur cette appropriation illégale, et ne semble pas en être particulièrement offusqué. A la Mairie, on assure que le nécessaire sera fait, mais on sait tous comment cette affaire finira. Le Maire va probablement se contenter de régulariser la situation de notre « meubleur »-promoteur, en lui cédant purement et simplement le terrain et on imagine que ce sera à prix d’ami.

Second arrêt : la parcelle cadastrée BX 939

Au détour du lotissement « Bel Horizon », nous découvrons, juste à côté, un terrain en bord de falaise qui était encore classé « non constructible » jusqu’à récemment. Ce terrain est un véritable havre de paix avec une vue magnifique sur la mer. D’ailleurs, lorsqu’il a été cédé à la Ville du Gosier à titre gracieux, il était convenu qu’il serait aménagé en espace vert public.

Pourtant à la dernière modification du plan d’occupation des sols, la Ville du Gosier a décidé de le déclasser et de le rendre constructible. Mieux, le terrain a même été partagé en trois lots dont les mauvaises langues disent qu’ils étaient réservés à d’anciens préfets très très intéressés par les petits passe-droits de la Guadeloupe. Et peu de temps après, sur ce même terrain, on a vu rôder des têtes connues de la SEMSAMAR. Du coup, comme nous explique un des riverains, ils se sont tous mobilisés pour stopper toute éventuelle opération immobilière sur ce foncier normalement destiné exclusivement au public.

Le timing était avec eux, puisque c’était juste avant les élections municipales. Du coup, comme par enchantement, tout s’est arrêté. Mais ils craignent que ça ne dure pas car l’équipe municipale en place, rassurée par sa réélection, a encore six ans pour faire la pluie et le beau temps.

Posté: 2008-09-02 00:29:00

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Le statut de la maîtresse aux Antilles 2

Entretien avec Alex Lollia

Cependant, si la maîtresse était un corps si dérangeant que cela, elle aurait dû être une exception et les hommes à maîtresse(s) une espèce menacée d’extinction. Or force est de constater qu’au contraire, chez nous, la maîtresse incarne une figure incontournable et complètement intégrée dans les mœurs de nos hommes antillais.

 

On peut même dire qu’au delà des Antilles, elle occupe une place toute particulière dans toutes les sociétés afro-américaines. En effet ces sociétés (dès les USA, jusqu’au Nord du Brésil en passant par l’arc antillais) ont toutes connu l’esclavage et ont en commun les mêmes tendances sociétales, notamment dans tout ce qui touche à la vie familiale.

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L’étude du statut de la maîtresse au sein de ces sociétés ne date pas d’hier. Déjà dans les années 40 Frazier (auteur américain) estimait que l’homme afro-américain ne pouvait qu’avoir des maîtresses. Car, du temps de l’esclavage, ses relations « amoureuses » se réduisaient à une succession de rencontres qui étaient conditionnées par sa condition d’esclave, c’est-à-dire un bien amené à être vendu de plantation en plantation. On peut dire qu’au gré de ses aventures économiques il avait en parallèle des « aventures » amoureuses. [3]

Herskovits (anthropologue américain) prétendait, quant à lui, que la multiplication des maîtresses était plutôt une survivance de la culture polygame des africains devenus des esclaves. L’homme afro-américain n’avait jamais vraiment coupé avec ses origines et ne s’était pas complètement laissé déculturer. [4]

En Guadeloupe si l’on interroge un homme sur le nombre d’enfants qu’il a, la réponse est souvent assez éloquente.

« -Kombyen ti moun ou ni ?

E ben… An ay twavay Capestè, é an té ni on ti madanm’ : en fey fè 3 ti moun. Apwè en pèd twavay-la, é en ay Moule. En pwen on lot madanm’, é an fey fè 2 ti moun. E avè madanm mayé an mwen an ni 4 ti moun … »

Au gré de ses pérégrinations professionnelles, notre homme nous décrit ses aventures amoureuses et les enfants qui en découlent.

La famille antillaise apparaît comme déstructurée voire même pathologique, selon les référents occidentaux.

Alors que selon moi, elle répond à ses propres référents. Et dans ce contexte la maîtresse apparaît comme la pièce maitresse de la famille antillaise, sa matrice. [5]

Pour Gracchus l’homme afro-américain ne peut pas jouer son rôle de père parce que la mère l’en empêche. En effet, c’est la mère qui donne à l’homme son statut de père par l’instauration de la « Loi du Père » (loi qui institue la séparation de la mère et l’enfant).

La « Loi du Père » dit au fils : « Tu ne peux pas prendre ta mère pour objet de désir », et dit à la mère : « Tu ne peux pas ré-ingurgiter ton fils ».

Or la mère afro-américaine refuse cette « Loi du Père » car elle ne reconnaît pas à l’homme son statut de père.

Cela s’explique par l’analyse des origines de nos sociétés du temps des plantations et de l’esclavage. A l’époque la cellule première était la plantation. Ainsi il n’y avait pas la famille du maître et la famille de l’esclave. Il y avait la famille du maître élargie.

Le maître avait un pouvoir sur toutes les femmes de la plantation. Et l’homme afro-américain était relégué, dans ses amours avec les femmes afro-américaines, toujours au second plan. Le maître passait avant lui quoi qu’il arrive.

Ainsi l’imaginaire de la femme afro-américaine est occupé par le maître. Il est le seul homme de la plantation qui a le pouvoir, et c’est de lui qu’elle peut tirer quelque promotion sociale en lui donnant des enfants. Mais la femme afro-américaine ne peut avoir le maître à ses côtés. Elle ne peut avoir pour mari que l’homme afro-américain qui n’est en fait, qu’un fantôme d’homme, alors que le véritable homme (le maître) lui est inaccessible. Les enfants qui naissent des amours de la femme afro-américaine naissent en noir et blanc. Et encore aujourd’hui on se jette sur le berceau pour voir si l’enfant a les caractères du maître (ses cheveux, son nez, sa couleur de peau…)

Si oui on le dit « pô chapé » (Guadeloupe) ou « pô sové » (Martinique) comme s’il avait échappé à un péril grave. S’il ne ressemble pas au maître blanc, sa mère va passer des heures à lui passer de l’huile de carapate sur la peau, à brosser ses cheveux, et à pincer son nez pour adoucir ses traits.

Dans la dureté de l’esclavage, pour la femme afro-américaine c’est aussi le temps des intrigues amoureuses avec le maître qui impose, mais qui consacre, qui est aimé, et qui provoque jalousies et pleurs dans le secret des alcôves. Autant le maître désire son esclave, autant l’esclave désire le maître. Mais nous l’avons vu, le maître est un mari inaccessible. Cette demande de possession, cette aspiration du maître que formule consciemment ou inconsciemment la femme afro-américaine reste de l’ordre du fantasme. Fantasme inassouvi.

Alors elle va réinvestir son affection sur son fils. Elle va en faire son objet phallique. On le voit dans les petits noms que l’on donne aux bébés garçons « Décalé-la », « Ticok-la », « Coco » etc…

La mère élève son fils pour qu’il soit un mâle (et pas un père), il a pour mission de faire comme le maître : d’engrosser le maximum de femmes pour étaler sa virilité. Et elle dit : « Cok en’w lib an savan la, mare poulet’ a zot ! ».

L’homme afro-américain sera donc obsédé par deux images : l’image de celui qui doit posséder toutes les femmes de la savane (comme le maître possédait toutes les femmes de la plantation) et l’image de l’étalon qui doit peupler, qui doit étaler sa virilité en multipliant les enfants. La mère quant à elle va garantir les conditions pour que son fils accomplisse sa mission. Elle va accueillir toutes ses maitresses et l’empêchera de s’attacher à une femme. Si c’est le cas cette femme sera sa rivale contre laquelle elle livrera bataille. Elle n’hésitera pas à casser les couples qui seront à ses yeux trop stables. « I kènn fouté on coud lang : Ti moun-la sa pa sam vou mèm mèm mèm… »

Dans ce contexte qui scrute le couple stable et exclusif pour l’exterminer, la maîtresse devient une pièce centrale. Elle ne peut pas ne pas exister. L’homme afro-américain est de toutes parts incité à multiplier les relations. Entre hommes, il est poussé à raconter ses exploits sexuels réels et fictifs, l’important c’est de surenchérir. Chacun raconte ses frasques avec ses maitresses et gare à celui qui n’en a pas ! Il sera tout de suite suspecté de ne pas être tout à fait un homme, un vrai. Et la société se construit autour de ce triptyque homme-épouse-maîtresse.

L’épouse se vit comme malheureuse, elle souhaite que son mari reste à ses côtés et s’occupe de ses enfants. Mais elle reste là, car elle a ce qu’aucune autre n’aura : la reconaissance sociale due au mariage. Elle est madame untel, et c’est peut-être le prix à payer.

Mais, de façon quasi-schizophrénique, elle va créer les conditions pour que son fils devienne le même mâle que son père. Elle se sacrifiera pour ses enfants, elle ne comptera ni les heures de travail, ni les attentions, elle se consacrera entièrement à eux. Au point d’en être déifiée. Par ailleurs elle ne se gênera pas pour faire remarquer les manquements du père : « Ton père est un ivrogne, un bon à rien, un coqueur de femmes, on fan’ gass… ». Et pour le fils, il sera presqu’impossible de créer une image du Père. Pour lui un homme n’est ni un père ni un mari.

La maîtresse, quant à elle, oscille entre le sentiment de profiter de l’homme sans en avoir la charge, et la souffrance d’être toujours au second plan. Dans le fond elle est malheureuse, il lui faut assumer l’absence inévitable de l’homme aimé, la frustration de le savoir avec une autre , la jalousie, le manque de reconnaissance, les enfants naturels etc… Elle est soit cachée soit montrée ostensiblement comme un trophée.

Mais elle a conscience de détenir un pouvoir, une proximité avec l’homme que l’épouse n’aura jamais. Elle dira de l’épouse « Sé non la tou sèl i ni » comme si tout se passait ailleurs que dans le mariage (l’amour, les avantages matériels, l’attention pour les enfants…) [6]

L’homme entre tout ça est perdu. Il jouit de sa position. Il aura qui une mère, une marraine, une sœur, une tante etc… pour lesquelles il restera toujours le « ti cok ». Il papillonne entre femme et maîtresses. Mais il est inexorablement écarté de sa fonction de père. Et que ce soit chez sa femme ou chez ses maîtresses il n’a finalement pas son mot à dire. Il fait sa grosse voix et puis il se tait.

Il se décharge de tout, laissant à sa femme toutes les tâches, toutes les responsabilités, toute l’organisation. On dit bien : « fanm sé on chatègn’ ». Ces femmes potô-mitan ont inspiré de nombreux auteurs. [7]

Mais cette vision de la femme soumise face à son destin de femme trompée est en train d’être déconstruite par certains auteurs, et plus particulièrement Ernest Pepin. Il nous parle de femmes qui se vivent comme des femmes libres, qui ne sont plus prêtes à partager leur vie avec un homme à n’importe quel prix. Et s’il n’existe aucun homme à la hauteur de leurs espérances elles préfèrent se mettre avec des femmes comme elles. [8]

En réalité le problème de la maîtresse dans les sociétés afro-américaines est surtout le problème de l’homme qui ne trouve pas sa place dans la famille nucléaire (Père-mère-enfant). Alors comment résoudre des problématiques qui relèvent de l’inconscient individuel alors qu’elles expriment des bases sociétales qui elles, sont ancrées dans notre inconscient collectif ?

Posté: 2008-09-02 00:10:00

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Le statut de la maîtresse aux Antilles

Entretien avec Gilda Gonfier

Le Mika – Selon toi, qu’est-ce qu’une “maîtresse” ? (pour info, dans le dossier on parle de la femme engagée dans une relation durable avec un homme qui n’est pas libre, mais évidemment tu n’es pas tenue par cette définition)

La maîtresse pour moi est forcément une amoureuse. Elle aime un homme qui n’est pas libre, et vit dans l’espoir de le voir quitter un jour sa femme légitime pour la choisir elle.

Elle peut s’inventer toutes sortes de raisons pour accepter la situation : il a des enfants qu’il ne veut pas quitter, c’est un homme responsable, avec le temps…Mais la raison la plus forte et la plus sournoise est de se croire attachée, et sans recours. Cette situation la fait souffrir sans doute, mais elle l’accepte au prétexte que cet homme est forcément son grand amour puisqu’elle est capable de souffrir autant pour lui. Souffrir de faire sa vie seule, de le savoir avec une autre, et d’être celle qui attend, celle qui n’a que des miettes de son temps. C’est le mythe de l’amour contrarié. La maîtresse se rejoue Roméo et Juliette à sa façon, ou plutôt Phèdre. Pour moi la maîtresse est l’archétype de la figure tragique. Elle aime et n’est pas aimée. Mais ne se résout pas à se libérer de cet amour mortifère. Je crois que si un homme aime il quitte femme et enfant pour vivre avec celle qu’il aime. La maîtresse est une femme qui se berce d’illusions, et dans le choix qu’elle fait d’aimer un homme qui n’est pas disponible, elle n’affronte pas sa propre peur de l’engagement et finalement de l’amour.

La maîtresse aux Antilles par Yeswoo

Le Mika – Y a-t-il une spécificité de la “maîtresse” aux Antilles ? Pourquoi ?

Ce que je trouve de spécifique chez nous c’est que, dans la génération précédente, les femmes étaient des maîtresses mais aussi surtout des secondes épouses. L’homme pouvait avoir plusieurs foyers, des enfants un peu partout. Aujourd’hui cela me semble plus difficile à réaliser pour un homme compte tenu de l’émancipation des femmes.

Le Mika – Existe-t-il plusieurs profils de “maîtresse” ?

La femme mariée elle-même qui s’engage dans une relation adultère ne m’intéresse pas. Ou encore la femme qui ne veut pas s’engager et accepte et recherche même ce statut de maîtresse ne m’intéresse pas non plus. Ce qui m’intéresse en tant qu’auteur c’est la figure tragique. Le comble du tragique c’est quand l’homme dont elle a été la maîtresse pendant des années fini par quitter femme et enfant pour se remarier mais pas avec elle. Pour moi elle n’a d’autre choix que de mourir ou de guérir. Guérir c’est mieux. C’est une mort, un deuil, mais on est encore là pour vivre et aimer. Il y a une citation que j’aime beaucoup « va et aime encore » dans un très beau film, Harold et Maud.

Le Mika – Peut-on parler d’un statut de la “maîtresse” ? Comment s’institutionnalise-t-il dans nos sociétés ?

Franchement je ne sais pas. Il me semble que c’est dépassé. Aujourd’hui la durée de vie des unions ne dépasse pas trois ans. C’est scientifique, la passion dure 3 ans. On s’aime, on ne s’aime plus, on se quitte. C’est tellement plus facile. Il me semble aujourd’hui difficile pour une femme d’attendre ad vitam æternam un homme et de s’installer confortablement dans une relation adultère. Je crois que ce à quoi les femmes et les hommes doivent faire face c’est justement la fragilité du couple. J’ai beaucoup aimé le roman de Fabienne Kanor, D’eaux douces. Elle aborde avec justesse et tragique la problématique du couple antillais : l’infidélité de l’homme. Du nègre.

Est nègre, nous dit Fabienne, « l’homme capable de coquer dix femmes à la minute. De fabriquer des mensonges cent fois plus gros que lui. De te voler ta vertu sans prendre de plaisir. Est nègre le dorlis, le chien savane. Est nègre l’homme qui te dit A et pense B. Qui te jure B et pense A. L’homme qui rement. L’homme qui repart. Qui disparaît sans scrupule. Revient sans commentaire. Est nègre celui qui te viole du regard. Te fait cinq gosses dans le dos. T’en fait voir de toutes les couleurs, te déclare que c’est lui l’homme et que tant que cela durera, le nègre durera. Est nègre l’homme dont tu rêves. Que ta peau, ton corps et ton sexe cherchent jusqu’à en perdre la raison.

Est nègre enfin celui dont ton père te parle, ta mère te parle, les mauvaises langues te parlent depuis nanni nannan, depuis que le Noir est nègre. »

Cela n’a rien de pacifique vous n’êtes pas d’accord ? Le roman de Fabienne est touchant,violent, c’est le cri d’une femme amoureuse, Frida, un personnage comme je les aime, entiers, exigeants, passionnés. C’est le cri d’une femme enferrée dans la douleur, une couturière de la douleur. Je pense que la question de la maîtresse est périphérique de la question essentielle de la douleur dont sont héritières les femmes antillaises. Je trouve que la femme aux Antilles est tragique. De la folklorique belle doudou, le sourire au lèvres, et les mains sur les côtés, femme-objet par excellence, à la manman zanfan, potomitan, à la femme bafouée, à la fenm dewo, ou à la folle. Voila à quoi le couple doit faire face.

Vous imaginez toutes les images que nous véhiculons hommes et femmes l’un sur l’autre ici, consciemment ou inconsciemment ! Comment s’aimer ? Le couple en est forcément fragilisé. Aux Antilles le couple (selon le modèle du pater familias tel qu’on l’entend en occident) est un miracle, ce n’est pas une institution.

Pour en savoir plus sur Gilda :
- http://lepetitlexiquecolonial.blogspace.fr
- http://www.histoiresenchemin.fr

Posté: 2008-09-01 23:59:00

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Le statut de la maîtresse aux Antilles 3

Entretien avec Dany Joseph

« La maîtresse, me semble-t-il, n’est pas, en soi, une spécificité antillaise. Elle existe ici comme ailleurs : il n’y a qu’à voir la longue tradition du vaudeville dans le théâtre français, ou l’exemple du double foyer de François Mitterrand, qui, tout en étant Président de la République, menait ostensiblement une double vie, avec femmes et enfants de chaque côté.

 

Mais à bien y regarder, la problématique de la maîtresse a une réelle particularité aux Antilles.

A mon sens, ici, la maîtresse s’impose comme un dispositif de régulation du rapport Mere-Fils. Mais ce dispositif ne s’applique qu’aux sociétés afrocaribéennes qui ont connu l’esclavage. Elles partagent en effet, de par leur histoire commune les mêmes tendances dans le fonctionnement social de la cellule familiale. Et je doute que dans les autres communautés de la Caraïbe qui n’ont pas connu l’esclavage (les indiens, les syro-lybanais etc…) la maîtresse occupe et joue le même rôle.

L’homme antillais éternel Fils de sa Mère

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Chez nous, il y a comme une prévalence du personnage maternel. Dans ses rapports avec son fils la mère antillaise occupe une position centrale. Elle va montrer une présence très marquée dans sa vie, tant sur le plan affectif que sur le plan domestique. On connaît tous l’exemple de ces hommes antillais qui continuent à faire laver et repasser leurs vêtements chez leur maman alors qu’ils ont par ailleurs constitué leur propre foyer. L’homme demeure alors l’éternel fils de sa mère, or il faut arrêter d’être d’une certaine manière le fils de sa maman pour devenir un mari. Il ne faut pas opposer les épouses aux maîtresse mais plutôt les mères aux épouses. La rivale de l’épouse n’est plus la maîtresse mais bel et bien la mère.

En réalité, dans un rapport Mère-Fils aussi exacerbé, le personnage de la maîtresse devient quasi obligatoire. Car sa présence minore la place de l’épouse et permet à la mère de demeurer la femme la plus importante pour son fils. Si le fils a une ou même plusieurs maîtresses, l’épouse se retrouve noyée dans la nébuleuse des relations qu’entretient l’homme-fils avec ses nombreuses conquêtes. Seule la mère ne souffre pas de cette concurrence entre femmes. Et, pour conserver ce rapport Mère-Fils, la mère est même prête à encourager voire protéger les amours coupables de son fils. L’important c’est qu’elle demeure la seule, la première, la plus importante.

La mère, forte de sa position centrale, est vécue par le fils comme étant l’éternel refuge. On retrouve très fortement cette conception de la mère dans l’imaginaire populaire.

Exemple : dans une chanson très connue de Franky Vincent (A ka Maman), la mère est encensée, et présentée comme l’ultime refuge, avec quelquefois des allusions quasi incestueuses quand l’auteur décrit tout ce que sa mère peut lui prodiguer comme soins.

« (…)A ka maman Pa ni pli bon koté ki aka manman Pa ni pli bon koté

Lè mwen ni on ti doudou kè mwen bizwen prézanté lè an bizwen an bon masaj An moun friksioné mwen Si an madanm fouté’w déwò ki koté ou ka viré Si lapolis ka chèché’w Ola yo pé ké trouvé’w

AKa manman sé sel koté An ka santi mwen byen AKa manman sé sel koté Tjè an mwen toujou resté eh Kay manman sé sel koté An toujou toléré Aka manman sé sel koté An toujou dékontrakté

Lè zafè mélé Au secours Allo ma chère maman Au secours (…) »

L’obligation sociale de la maîtresse

Dans un tel contexte, comme les mères ont donné leur aval pour la multiplication des amours de leurs fils, se constitue une obligation sociale de la maîtresse. Les hommes parlent entre eux des maîtresses des uns et des autres, s’indignant quand l’un d’entre eux n’en possède pas. « Koman sa ou pa ni métrès ? Mè ou sé on makomè, on koko flo, boug an mwen ». Les hommes entre eux exercent une pression sur tous ceux qui n’ont pas de maîtresses en remettant en cause leur virilité. L’épouse, elle-même, semble avoir accepté tant bien que mal la présence de la maîtresse, soit en feignant d’ignorer son existence, soit en profitant de cette autre présence féminine avec laquelle elle partagera les contraintes liées à la présence du mari (présence, exigence sexuelle intempestive, tâches domestiques). Combien d’épouses expliquent qu’elles se sont finalement accommodées de la présence d’une maîtresse, car depuis leur mari les laissait tranquilles sur le plan sexuel ? Je me demande tout de même si les jeunes femmes d’aujourd’hui acceptent ces situations de la même façon qu’avant. Elles sont en général indépendantes financièrement (elles ont un salaire ou elles bénéficient d’aides de l’Etat), et ont donc un autre rapport à la nécessité de la présence d’un homme dans le foyer.

La maîtresse et le monde magico-religieux

Ici les rapports sociaux sont persécutifs. La maîtresse est une des figures de la malédiction. Quand il y a quelque malheur ou difficulté au sein du foyer légitime, c’est à cause de la maîtresse qui a fait un « kimboi ». Je me souviens que quand j’étais enceinte de mon premier enfant, une vieille dame de Capesterre, à qui je rendais visite, m’avait demandé si mon mari avait une maîtresse. Comme je semblais dubitative, elle m’expliqua les hommes ont toujours un femme « à côté ». Et que cette femme s’en prendrait à mon enfant. Alors elle me donna un breuvage à prendre pour empêcher les manœuvres de la maîtresse. « Pou y pa maré ti moun la en vent aw », me disait-elle. Finalement, après mon accouchement, je vins lui présenter l’enfant. Et elle de s’exclamer : « ou vwè sa, si ou pa té pren ti bitin là en baw la, ou pa té ni pon ti moun jodi jou… Comme si la présence de l’enfant était uniquement due au breuvage qui était censé l’avoir protégé des assauts d’une hypothétique maîtresse. Pour la petite histoire je n’avais pas touché à sa potion. On voit bien que la maîtresse fait des « manœuvres » contre les enfants de l’épouse, contre l’entente au sein du couple marié, voire contre la santé mentale du mari. Les poudres de revenir, les formules pour « attacher » le mari sont légion. Mais là on rejoint la figure diabolique qu’a la maîtresse dans le monde occidental.

La Mère et le Maître

Enfin la figure de la Mère est associée celle du Maître de la plantation. Dans nos sociétés, ce n’est que depuis 160 ans que les hommes ont pu transmettre leur nom à leurs enfants. Mais cette association Mère-Maître ne signifie pas que la mère entretienne le fantasme d’amour du maître. Je pense plutôt que les femmes ont très tôt pris conscience du pouvoir que leur conférait l’enfantement et que ce sentiment de puissance a perduré. Et dans ce schéma leur fils devient leur phallus. La mère a besoin du fils et entretient un lien Mère-Fils qui entrave les possibilités pour le fils de construire d’autres couples. Les hommes, ici, ont besoin de casser ce fonctionnement pour arrêter d’être ces fils à maman afin de devenir des maris. Le statut de la maîtresse aux Antilles a encore de beaux jours devant lui. »

Promesse de Catherine Theodose

avec l’autorisation grâcieuse de Catherine THEODOSE

Arts Graphiques – La Villa Métisse

http://www.lavillametisse.com

Posté: 2008-09-01 23:48:00

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Du pétrole sous le cimetière de Morne-à-l’eau !

Bien évidemment tout ceci n’est pas vrai. Ce qui l’est en revanche, c’est que le gouvernement d’Australie occidentale a donné son accord à un gros groupe de production d’énergie – Woodside – pour exploiter les gisements de gaz naturel situés sur les sites d’art rupestre des aborigènes qui ont plus de 30 000 ans d’existence.

 

C’est l’un des patrimoines culturels les plus anciens de l’humanité. Mais, pour les aborigènes, ces dessins gravés racontent la naissance du monde. Selon leur conviction religieuse, ce sont des sentiers imaginaires de songes tracés par des êtres mythiques et les dessins rupestres en sont les repères. Et, si ces sentiers des songes sont interrompus, le monde perd son équilibre. Ils sont pour eux la bible, l’église de leur culte toujours vivace aujourd’hui. Et pourtant, on est en train d’en déplacer toute une partie, d’en détruire d’autres à chaque nouveau chantier.

Du pétrole à Morne-à-l'Eau

Francis Logan – du Ministère de l’énergie – à même déclaré : « Bien entendu, le développement énergétique aura un impact néfaste sur l’art rupestre. Mais voyez-vous le monde est pris d’une faim d’énergie insatiable, surtout l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Et nous avons les moyens d’assouvir cette faim ».

Effectivement, au nom de cette faim énergétique, tout est maintenant permis. A charge, ces différentes actions comme l’approbation du Sénat américain aux forages pétroliers dans la réserve naturelle en Alaska protégée depuis 1960, Le Président Américain déclarant que cette nouvelle ressource de pétrole permettrait à son pays de renforcer son indépendance énergétique.

Et puis ce retournement de situation où le nucléaire est présenté comme une solution d’avenir écologique adaptable à l’échelle de la planète. Du jour au lendemain, il n’est plus question de déchets radioactifs ou de risques d’accidents nucléaires. Et puis c’est un peu vite oublier que l’uranium est aussi un minerai épuisable, disponible dans les mêmes ordres de grandeur que les ressources du pétrole. Ou encore, la bataille pour l’Arctique. Cette zone internationale dont huit pays (Canada, Danemark, EU, Norvège, Russie, Finlande, Islande et Suède) se disputent le sol et le sous-sol. La zone recèle d’importantes réserves de gaz et de pétrole inexploitées et attise les convoitises, sans oublier l’or, le zinc, le tungstène, voire l’uranium…

Chacun essayant d’en récupérer la plus grosse part. Ressources d’autant plus facilement accessibles du fait de la fonte de la calotte glaciaire due au réchauffement climatique de la planète ! Alors peu importent les peuples premiers, la faune, la flore, la biodiversité. Tous sacrifiés sur l’hôtel du profit et de la croissance.

Aujourd’hui on est capable de détruire des monuments sacrés vieux de 30 000 ans pour assouvir d’insatiables appétits financiers, sans que cela nous émeuve outre mesure. Et ce qui fait froid dans le dos, c’est que la petite anecdote fictive au sujet du cimetière de Morne-à-l’eau n’est pas si éloignée de notre réalité. Alors il serait plus que temps pour nous d’ouvrir les yeux et d’agir…

Posté: 2008-09-01 23:37:00

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