Comprendre et Avancer – Propane et destruction environnementale

Par Joel Ducasse, 5 Octobre 2008
Nous apprenons fortuitement en lisant le journal Le Matin des 2 et 3 Octobre 2008, qu’une « importante étude » du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) réalisée en 2006 envisageait l’importation de 554 millions de dollars US de GPL (propane) sur cinq ans en substitution du charbon de bois, afin de « protéger l’environnement ».
Cette « étude » restée confidentielle prévoyait dans sa mise en œuvre :
1. la subvention de (…) – Spécial


Par Joel Ducasse, 5 Octobre 2008

Nous apprenons fortuitement en lisant le journal Le Matin des 2 et 3 Octobre 2008, qu’une « importante étude » du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) réalisée en 2006 envisageait l’importation de 554 millions de dollars US de GPL (propane) sur cinq ans en substitution du charbon de bois, afin de « protéger l’environnement ».

Cette « étude » restée confidentielle prévoyait dans sa mise en œuvre :

1. la subvention de la mise en place de microcentres de distribution de GPL sur l’ensemble du territoire, 2. la subvention du GPL à la consommation de masse, 3. la subvention de réchauds améliorés fonctionnant au GPL à 700,000 familles, 4. la subvention des équipements de cuisson à 10,000 marchandes de manje kwit, 5. le financement subventionné de la conversion des installations des boulangeries, distilleries et blanchisseries aux énergies fossiles importées (plus d’un millier dans la région métropolitaine de PaP).

Oon costate que le budget de ce projet « environnemental » dépasse celui du Ministère de l’Environnement. Il a donc dû bénéficier de la bienveillance des plus hautes autorités de l’Etat, toutes affaires cessantes. On note aussi que « l’étude » n’a pas été réalisée par le Ministère de l’Environnement, instance sectorielle compétente, mais au niveau du Ministère de l’Économie et des Finances, par l’Unité Technique d’Exécution (UTE). Une VOIE ROYALE (en termes de chemin non encombré) lui a donc été ouverte, pour un accès « plus privilégié » aux financements de l’Etat. L’UTE dit aussi qu’il a aussi l’aval de la primature, nous citons : « Il faut comme le dit le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis, dans sa déclaration de politique générale, stopper la détérioration de nos terres agricoles et le phénomène de la déforestation. C’est dans cette optique que ce Programme de Réhablitation de l’Environnement (PRE) a été élaboré ».

Alors qu’Haiti importe 250 millions de dollars de produits pétroliers pour 400 millions d’exportations totales, soit une dépendance de plus de 60% pour ses seuls besoins en énergie fossile, situation inédite sur la planète, ce projet cherche sans sourciller à doubler les importations de produits pétroliers, non pas pour relancer l’industrie locale et l’emploi, mais pour ouvrir un marché consommation de masse au niveau des ménages.

Le document de stratégie environnementale du Ministère de l’Environnement objecterait-il comme obstacles à la subvention du propane (1) l’impact négatif sur la balance des paiements, (2) les pertes de revenus sur la filière bois de feu et (3) le coût élevé des équipements de cuisson ? Le MEF balaie d’un revers de main impérieux le dit document de stratégie sectorielle, le seul à faire autorité, en le qualifiant « d’un rapport » parmi d’autres. Sans ambages, le MEF « pose comme une nécessité absolue d’en arriver rapidement à un stade, ou l’utilisation du bois–énergie en Haïti, ne sera plus que marginale et anecdotique » ???!!!

Sans poser le problème des revenus de « l’en dehors » historiquement marginalisé, ou de création de valeur ajoutée versus importation de produits de consommation, où retrouvera-t-on le paysan dans l’équation, les chers bidonvilles d’antan n’étant plus ce qu’ils étaient, les mers étant barrées aux amateurs, et la frontière dominicaine de mieux en mieux surveillée ? Les tenants de l’exclusion lui réservent peut être une place dans la stratosphère ? TOUTES ROUTES BARRÉES, NE POURRAIT-IL PAS VENIR À L’ESPRIT DU PAYSAN UNE AUTRE FORME DE SUBSTITUTION ?

Ajoutons au contexte que les importations de produits pétroliers ne font pas marcher en Haïti des industries ou des tracteurs agricoles, mais servent principalement à l’éclairage domestique pour une mince frange de la population, et au transport des biens et des personnes dans une économie de distribution de produits importés à consommation de masse (riz, farine, sucre, lait, bales de pèpès), et de désœuvrés à la dérive, frappés d’un chômage en longue durée sur 20 ans qui évolue dans le mauvais sens, de 70% à 80% en 20 ans. Dans les pays « normaux », un taux de 15% est considéré comme explosif.

Il faut donc combattre ce projet de substitution au propane à visière levée en rapport avec ses implications économiques dont les résultats sans lendemain sont connus à l’avance.

LE PROPANE N’EST PAS, ET NE SERA JAMAIS UNE OPTION POUR LA SÉCURITÉ ENVIRONNEMENTALE ET ÉNERGÉTIQUE DE LA NATION.

Les promoteurs de ce projet le savent. Du moins, le cartel d’intérêts douteux qui en fait la promotion par « techniciens » interposés, le sait.

En lieu et place de ce projet d’approfondissement de la pauvreté, il existe des options réalistes et à faible coût qui permettraient dans un cadre de mobilisation des énergies et ressources locales, de couvrir les besoins en énergie de cuisson, de maintenir la valeur ajoutée locale de l’énergie de cuisson, et même de substituer 100 millions de gallons de produits pétroliers importés sur moins de dix ans avec l’énergie de biomasse.

Sécurité énergétique et énergie de biomasse

94% de la population fait à manger à partir du bois et du charbon de bois, ce qui assure un transfert annuel de 150 millions de dollars US au milieu rural, montant qui représente 16% du PIB agricole. Il est vrai que le producteur de charbon ne reçoit que 5% du prix de détail du charbon de bois pour la matière première et son travail, (Gdes 20.00 sur un sac vendu au détail à Gdes 400.00 en Juillet 2005 à Port-au-Prince), mais ceci est une autre histoire.

La production du charbon et la consommation des boulangeries et blanchisseries correspondent à un prélèvement annuel de 6 millions de tonnes de bois alors que la croissance annuelle de la biomasse ligneuse est de 1.5 millions de tonnes. Ces activités exercent donc une pression de quatre fois supérieure à celle considérée comme durable sur notre environnement.

On estime toutefois qu’un niveau d’effort à hauteur de 60 millions d’arbres plantés par an stabiliserait la situation environnementale en dix ans ; mais le niveau d’effort consenti actuellement se situe aux alentours de 3 millions d’arbres, soit 5% de ce qu’il aurait fallu faire.

Les options inscrites dans la problématique de résolution du problème par l’instance sectorielle compétente (options que nous partageons) sont claires. Il faut :

Augmenter l’offre de la ressource ligneuse par le reboisement ;
Valoriser la biomasse dans ses formes non encore utilisées ;
Améliorer l’efficience des équipements de cuisson, 70% de l’énergie contenue dans le bois étant perdue lors de la production du charbon de bois.

30 millions de dollars, soit 20% de ce qui est demandé par le lobby d’importation de produits pétroliers, suffiraient largement d’après nos calculs, pour apporter une réponse structurelle et mobilisatrice à la détérioration de l’environnement en Haïti, tout en augmentant sensiblement les revenus du paysan qui deviendrait producteur d’énergie. Quelles pourraient en être les modalités et comment se présenterait l’impact ?

Augmentation de la ressource ligneuse – modalités et impacts

La prochaine génération aura à faire face à deux grands défis : assurer (1) sa sécurité alimentaire et (2) sa sécurité énergétique dans un cadre durable, c’est à dire, avec la préservation de son cadre de vie. Cela passe sans nul doute par la reforestation accélérée du territoire. Les destructions généralisées ayant frappé l’ensemble des départements envoie un message clair sur ce qui doit être fait, et sur l’urgence d’agir.

On ne peut garder la prochaine génération dans l’ignorance des enjeux. Il faut la convoquer dans la préservation de son cadre de vie, comme acteur. La mobiliser, seulement au niveau de l’affectation des débours à consentir, comme consommateur passif, ne peut que faciliter les combines interlopes habituelles contre la nation.

Le QUE FAIRE étant connu, reste LE COMMENT ?

En lieu et place de la mystification, nous proposons la MOBILISATION.

60 millions d’arbres par an peuvent être plantés à faible coût par les 3 millions d’écoliers du système scolaire, à raison de 20 arbres/écolier/an, à raison d’une plantule mise en terre par écolier par semaine sur une durée de 20 semaines (le cycle scolaire est de 200 jours de classe répartis sur 40 semaines).

Chaque semaine, chaque écolier arroserait la plantule plantée la semaine d’avant et en mettrait une nouvelle en terre. L’action serait facilitée pendant la saison pluvieuse. Chaque classe (de 30) maintiendrait une pépinière de 1,000 plants (un petit budget de Gdes 5,000 par classe) et les boisés communautaires ainsi implantés seraient aussi mis à l’abri d’animaux en liberté. Il serait institué une journée de l’arbre sur une base hebdomadaire. Le Ministère à la Jeunesse et à l’Action Civique devrait prendre en charge ce programme.

L’action serait inscrite au curriculum du Ministère de l’Education Nationale, et les écoliers seraient notés en fin d’année, à partir du décompte de leur rangée d’arbres plantés, à superviser par l’instituteur à l’intérieur du lot réalisé par la classe pour l’année. Pas besoin de projet d’accompagnement du MARNDR avec véhicules « TET-BEFs », ni assistance de communauté internationale. L’articulation se ferait seulement avec les Casecs.

Par ailleurs, des analyses récentes dans la conjoncture d’effondrement de la dernière bulle spéculative de Wall Street, montrent que les gains financiers d’implantations forestières dépassent sur le long terme tous les autres types d’investissement. Le Gouvernement avec l’aval du Parlement pourrait remodeler son instrument appelé Bons BRH en investissant les excédents dans le soutien de la reforestation dans toutes les sections communales, ce qui serait le meilleur investissement de l’Etat contre l’inflation.

Valorisation de la biomasse dans ses formes non encore utilisées – modalités et impacts

La déforestation accélérée peut être arrêtée rapidement avec la valorisation d’autres formes de biomasse disponibles en quantité, et/ou à constituer dans le court terme en vue de les mettre en compétition avec le charbon de bois. Les voies en sont :

la production de biogaz dans les villes à partir des déchets fermentescibles et dans leurs périphéries à partir de complexes : Unités agro industrielles de transformation – Embouche de ruminants – Production de biogaz et d’électricité ;
la production d’agglomérés de biomasse (grass pellets) à partir des prairies, et de bandes enherbées de vétiver à établir comme structures anti érosives dans les bassins versants (leurs parties aériennes coupées repousseront tandis que leurs racines retiendront la terre, et que leurs collets touffus en rangées fourniront autant de petits barrages à l’écoulement des eaux, en augmentant ainsi l’infiltration) ;
la reforestation des montagnes arides avec le Jatropha (gwo medsiyen)

LE BIOGAZ : La région métropolitaine de Port-au-Prince, à titre d’exemple, produit 1,500 tonnes de déchets par jour dont 1,200 tonnes de déchets fermentescibles pouvant produire théoriquement 600,000 m3 de biogaz, à raison de 2 kg de déchets pour un m3.

Un m3 de biogaz ayant le contenu énergétique d’un litre de kérosène (à Gdes 40/litre, le combustible fossile le meilleur marché), la production décentralisée de biogaz dans les marchés publics peut assainir la ville, fournir des bio fertilisants à la production maraîchère périphérique de Kenscoff – Furcy, et soulager la balance commerciale d’une charge de US$ 600,000 par jour, pour autant de valeur ajoutée versée aux plus pauvres à impliquer dans ces transformations, le secteur présentant une opportunité d’auto emplois pour près de 100,000 jeunes au triple du salaire minimum.

Une expérience pilote pareille qui vise à établir une capacité de cuisson de 2,000 repas par jour à partir du biogaz est en cours d’implantation au niveau de deux marchés de la Capitale pour compte de la Mairie de Port-au-Prince.

LES AGGLOMÉRÉS DE GRAMINÉES : Au lieu de recourir à la coupe des arbres qui prennent des années à pousser, il est possible d’agglomérer des herbes à cycle court qui pourront être brûlées tant au niveau des boulangeries et blanchisseries, qu’à celui de réchauds améliorés dans les familles.

La matière première pour ce faire est en abondance à travers le pays, avec une concentration dans les prairies du haut Plateau Central, et il s’agit aussi de la constituer sous forme de haies vives de vétiver et/ou d’herbes Guinée dont les parties aériennes seront coupées en vue de fournir les fagots destinés à des productions artisanales d’agglomérés à brûler dans des réchauds spéciaux devant aussi être produits localement.

Une stratégie de mise en marché du matériel adapté + du combustible de cuisson pourrait venir en substitution du charbon de bois (400 millions de dollars US de consommation par les familles), et du bois consommé par les boulangeries et blanchisseries en utilisant les mêmes circuits du charbon de bois, en réussissant ainsi une transition heureuse pour tous les concernés. Cette perspective devrait apaiser les héroïques promoteurs d’une solution à 148 millions de dollars de débours à financer par l’Etat, assortie de 554 millions d’importation de propane sur 5 ans. Mais posons la question la plus importante : l’enjeu de la promotion du propane est il bien la protection de l’environnement, ou le transfert de revenus des catégories démunies à la petite oligarchie sans vision sous-traitante d’économies extérieures, quel qu’en soit le prix social, économique ou environnemental ? Voir à ce propos les extraits d’un rapport commandité par la Banque Mondiale sur l’expérience de subvention au propane Bip Ti Chérie en Haïti dans la seconde partie du présent texte.

Présentement, des investissements significatifs sont en cours pour la production d’herbes de prairie compactées et leur mise sous forme de pellets ; ce combustible pourra être brûlé dans des réchauds améliorés familiaux, et aussi de petites unités industrielles qui pourront fournir l’énergie aux boulangeries et blanchisseries. Il est prévu de produire lecalement ces réchauds adaptés et ces unités de gasification fonctionnant avec les pellets. Ce projet vise à produire 30,000 tonnes de pellets par an, en substitution de 10% du marché du charbon de bois. Le prix au détail de ce combustible est projeté à 50% de celui du charbon de bois, compte tenu du contenu calorifique de ces deux produits.

La balance des besoins de substitution du charbon de bois pourra être produite à partir de de structures antiérosives constituées de bandes enherbées sur des canaux de contour, dans les bassins versants surexploités par l’agriculture de montagne, avec comme résultat l’amélioration de l’infiltration de l’eau dans le sol au lieu de son ruissellement, la facilitation des projets de reboisement et la protection des parcelles cultivés sur de bandes de terres en pente. Dans cette perspective par exemple, il est projeté la mise en place sur 100 ha dans le bassin versant des Matheux, de 100 Km de bandes enherbées de vétiver sur cannaux de contour. Les tiges seront coupées à 20 centimètres au dessus du collet pour la constitution de fagots qui seront achetées par une unité artisanale de production de pellets de biomasse installée en proximité. Les repousses de ces bandes enherbées pourront être exploitées tous les trois mois.

Le marché pour les fagots d’herbes assurera la pérennité des bandes enherbées grâce au revenu qui en sera tiré. Ces bandes enherbées assureront l’amélioration progressive du cadre de vie du paysan dans le bassin et de la population vivant en aval. Les revenus tirés des fagots seront supérieurs à ceux générés par le charbon de bois, et seront obtenus dans la journée au lieu d’un délai d’au moins une semaine pour le charbon. La pénibilité de la production de combustible de biomasse sera largement amoindrie. Dans cet exemple, il est prévu une autoconsommation énergétique de 50%, qui sera appelée à décroître, en fonction de l’augmentation des bandes enherbées et du volume de production des fagots. Il est aussi envisagé de distribuer dans la communauté 1,000 réchauds adaptés à produire localement, avec comme objectif que la moitié y reste pour l’utilisation du nouveau combustible, et que les réchauds restants puissent entrer dans les circuits ordinaires de commercialisation du charbon de bois en accompagnement du combustible en pellets.

Un millier de ces unités artisanales à déployer sur une durée de deux ans par exemple dans les bassins versants à travers le pays, supprimerait dans un horizon additionnel de deux ans à partir de leur entrée en fonctionnement la pression sur l’environnement. L’infiltration en sera améliorée, la fertilité des parcelles maintenues, les aquifères refaits, les débits d’eau dans les canaux d’irrigation garantis, les dégâts sur les villes prévenus ou diminués drastiquement, la faune marine côtière protégée. Élémentaire, n’est ce pas ?

LE JATROPHA : Haïti dispose de 580,000 ha de montagnes sèches. L’emblavement de 400,000 ha en Jatropha sur ces terres qui ne peuvent rien faire d’autre, permettrait de produire 250 gallons d’huile/ha et autant de biodiesel, soit 100 millions de gallons en substitution de la totalité du diesel importé chaque année.

Par exemple, des plateformes multifonctionnelles valorisant l’énergie obtenue à partir du Jatropha dans des villages au Mali au travers de petites transformations, du pompage d’eau potable et de l’éclairage, ont créé un taux de croissance moyen de 60% sur la première année, dans 495 villages sur lesquels l’expérience a été lancée. La pénibilité du travail des femmes en a aussi été diminué, et quatre heures par jour de leur temps a été dégagé et investi dans l’éducation des enfants. L’impact a été tel, que présentement, le PNUD prévoit de vulgariser le concept de plateformes multifonctionnelles du Mali sur 8,000 villages dans cette portion de l’Afrique. 8,000 villages, c’est à peu près le maillage du territoire Haïtien. Le coût d’une plateforme multifonctionnelle ? : US$ 20,000 y compris les équipements et l’accompagnement technique.

Seulement 160 millions de dollars, et une stratégie d’inclusion sociale et d’intégration nationale imbattable par l’énergie. Alors, on y va ?

EH BIEN NON !… Tristement, il faut croire que l’objectif n’est pas la protection de l’environnement, mais la vente du propane, quels qu’en soient les dégâts collatéraux.

Comme preuve, sur cette même année 2006, le Ministère de l’Environnement, malgré un contrat signé avec un promoteur, n’a pas pu donner suite à un projet pilote d’extension de la culture du Jatropha, d’extraction d’huile, de production test de biodiesel et de transfert de technologie à des organisations de femmes dans le milieu rural, faute d’avoir pu trouver un financement à hauteur de 4 millions de Gourdes, tandis que le MEF était en train d’imaginer une opération de transfert d’un demi-milliard de dollars américains à des économies extérieures, aux dépens du contribuable, pour « entraver » la paysannerie haïtienne par la répression, en vue de la faire « monter » par des intérêts de anti nationaux appelés à accentuer encore plus la pauvreté générale et le marasme économique.

La question est d’importance. La subvention du GPL (le propane) ayant eu un précédent en Haïti, il peut être utile d’examiner la conduite de l’opération BIP Ti Chérie il y a 20 ans, qui était appelée à protéger notre environnement, tout comme cette subvention massive qui est proposée. Peut être trouverons nous une symétrie au niveau des effets d’annonce, des réalisés prévisibles, et de la forfaiture des instances de l’État dans la protection des intérêts du peuple haïtien.

Historique des subventions du GPL en Haïti

En support à la subvention le rapport du MEF – UTE fait le panégyrique de la diffusion du réchaud au propane BIP Ti Chérie, nous citons : « L’expérience de la SHELL avec le réchaud BIP Ti Chéri montre bien l’efficacité des mesures de subvention des réchauds ».

La subvention par l’Etat haïtien de la diffusion de réchauds au propane a déjà été expérimentée in y a 20 ans au bénéfice de la SHELL, dont les facilités sont présentement la propriété de la compagnie NATIONAL.

Cette opération de subvention devait correspondre à une extorsion conduite par la SHELL à l’encoutre de l’Etat Haïtien de 9 millions de dollars américains, affaire documentée dans une étude de l’ESMAP réalisée en 1990 pour le compte de la Banque Mondiale.

Les composantes de la subvention du BIP Ti Chéri appelée à sauver l’environnement d’Haïti Chérie étaient les suivantes :

1. la garantie par l’État d’un taux de change à Gdes 5.00 pour un dollar sur 5.2 millions de dollars d’importations des réchauds Bi Ti Chéri acheté par la SHELL de Camping Gaz, France ; ceci représentait une subvention directe de 40% par rapport à tout autre opérateur économique, soit de Usd 8.00 par réchaud ; 2. Une subvention par la SHELL de Usd 4.00 par réchaud donnée d’une main et reprise de l’autre main au travers d’un « ajustement de marge » à la hausse de Usd 0.50 sur le gallon de butane ; grâce à l’ajustement de marge, les profits générés sur les recharges après récupération des Usd 4.00 avancés ont atteint Usd 9.00 par réchaud BIP Ti Chéri dès la première année. (ref. paragraphe 1.61 du document). 3. Un cadre administratif lâche qui a permis à la SHELL de fonctionner sous forme de cartel, vendant exclusivement à des détaillants dont elle était propriétaire à 100%, la Sodigaz et la Tropigaz. Ceci a permis un cumul de marge du cartel, totalisant 71% contre une moyenne de 30% dans d’autres pays avec des marchés aussi restreints qu’Haïti ; il est approprié de noter pour l’histoire que l’Etat haïtien était représenté dans la politique de fixation des prix par le Ministère des Finances, celui du Commerce et de l’Industrie, la Banque Centrale et la BME (paragraphe 1.62 et 1.64 du rapport). 4. Il est aussi souligné dans le rapport, que la SHELL, disposant du monopole de l’importation et de la distribution, a entretenu une situation de stockage extrêmement limité (15 jours de stocks), entretenant des coûts de livraison allant à Usd 100 la tonne contre Usd 40.00 à 50.00 à la Jamaique ou en République Dominicaine, et une situation de ruptures à répétition permettant une spéculation à la hausse dans la chaîne de distribution (paragraphes 2.12 et 2.13) ; 5. Le rapport montre aussi que la faible taille du marché haïtien comparativement à celle du marché dominicain ne saurait expliquer les coûts élevés du propane qui allaient à certains moments du simple au triple. Il illustre le cas du Burkina Faso, un pays sans accès à la mer, devant payer l’accostage dans un pays voisin, transporter son propane sur 1,000 km de pistes en terre, faire un volume annuel près de 10 fois inférieur à Haïti, taxer son produit à 20% de droit de douane, qui arrivait quand même à mettre le propane à disposition de la population à meilleur marché qu’en Haïti soit à un prix au grossiste équivalent au prix CIF PaP non encore taxé ??!!! (paragraphe 2.14 reproduit ci-dessous) ; 6. Enfin, il est dit dans le rapport que la SHELL engrangeait tous les surprofits occasionnés par la baisse occasionnelle des prix du pétrole alors que les autres pays disposent en général d’un système de péréquation sur les taxes en vue d’absorber les dits profits (paragraphe 2.15 reproduit ci-dessous).

Ci-dessous des extraits édifiants de ce rapport, dans le texte.

2.14 In a monopoly situation and in the absence of state regulation, the margins established by the companies seem to be very high : between 60% and 70% of the retail price, split between the importer (SHELL) and the distributors (fully owned subsidiaries SODIGAZ and TROPIGAZ).

Selling margins rarely represent more than 30% of the sales price, even in cases where the markets are very limited (West Africa, for instance). In the case of a landlocked country such as Burkina Faso, which has a very small market (nearly 800 tons, versus 7000 tons in Haiti) and where gas is transported by road from the coast for a distance of more than 1000 kilometers, butane gas taxed at a rate of more than 20% sold for about US$ 1/kg in 1989. This is equivalent to the untaxed retail price of the butane sold along Haiti’s coast.

2.15 Throughout many countries, the State used taxes and perequation to absorb the much of the profit produced by the drop in international oil prices (up to August 1990). In the case of Haiti, however, it was the importer who apparently benefitted most. This distorted situation is not a fact which can be separated from the analysis of the sector.

A l’époque, un battage publicitaire assourdissant annonçait que l’environnement d’Haïti Chérie allait être sauvé avec le réchaud BIP Ti Chéri. Le ratio importations de produits pétroliers sur exportations totales représentait alors 20%. 20 ans plus tard (2007), ce ratio atteint 62.5%, ce qui nous éloignerait définitivement d’une solution « sensée » basée sur le propane. Pourtant, ce nouveau projet multiplie la taille de l’opération par cinquante, et son coût par trente. Allez comprendre …

CONSTATS ET CONCLUSION

Il a été envisagé par le Gouvernement Alexis, de supplanter des revenus de 400 millions de US$ au détail versés à la filière du charbon de bois, (environ 150 millions sont versés au milieu rural), par une opération de promotion des importations, où l’implantation et la consolidation d’un maillage de tout le territoire national avec des micro centres de distribution du propane se ferait aux frais de lÉtat.

Le document de support de ce programme n’est pas préparé par la structure concernéee de l’Etat mandatée par le Parlement, c’est à dire le Ministère de l’Environnement, mais par le Ministère de l’Economie et des Finances, au travers de l’UTE.

Le MEF – UTE prend sur elle d’écarter le document de stratégie sectorielle intitulé « Stratégie d’allègement de la pression sur les ressources ligneuses », y compris son argumentaire socio économique, qui soulève l’importance de cette activité qui représente 16% du PIB agricole. 60% de la population est concernée, soit, soit 6 millions d’habitants. Il écarte aussi le Plan d’Action Environnementale (le PAE), qui a été travaillée avec des instances de la société civile, dans le cadre de la négociation de leur appui après appropriation.

Le choix de l’Unité Technique d’Exécution (UTE) pour « travailler le projet » est aggravant, parce qu’il indique que la formulation n’est plus en débat, que les hypothèses et le cahier de charges sont acceptés, que le projet est sur le marchepied précédent sa mise en œuvre à partir de ressources qui semblent déjà identifiées.

LE PARLEMENT EST COURT CIRCUITÉ, alors que l’espèce grève potentiellement les revenus de 60% de la population, et aggrave la dépendance énergétique du pays.

IL Y A FAUTE ; Quelle en est sa portée ? Elle touche dans ses revenus une population qui évolue déjà dans la plus grande précarité, 60% de la population du pays … Ce coup dans le dos est d’autant plus grave parce qu’il est systémique, avec l’implantation de centres de distribution de GPL sur tout le territoire, le rééquipement de 700,000 familles et de 10,000 marchandes de Manjé Kwit avec un matériel de cuisson spécialisé qui avantagerait définitivement les produits pétroliers fossiles (importés) non seulement contre le charbon de bois, MAIS AUSSI CONTRE TOUTES LES AUTRES FORMES SOUTENABLES D’ÉNERGIE DE BIOMASSE. La faute se poursuit par l’extension de cette bombance, du cartel du propane aux laissés-pour-compte des cercles oligarchiques, avec la promesse de miettes, dont l’octroi de franchises « à quelques autres petites personnes », en vue de supporter l’introduction « victorieuse » sur le marché haïtien de charbon naturel à importer de Colombie, le tout assorti d’une promesse de cadre coercitif contre l’usage du bois de feu (paragraphes 3.1.10 et 3.1.11 du document du MEF, citant aussi la détermination de l’ex Premier Ministre Alexis à cet effet).

IL Y A MÊME FORFAITURE : Cette attaque directe contre le revenu du paysan venant de l’Etat lui-même s’apparente à celle menée contre les producteurs de riz de la Vallée de l’Artibonite qui s’est soldée par l’accaparement d’une marge commerciale d’environ 60 millions de dollars par an sur le riz importé par une poignée d’importateurs, l’État s’y retrouvant avec environ 100 millions de dollars d’imposition. Mais comment paieront les nouveaux pauvres de plus en plus nombreux si on détruit leur travail ? La mendicité y pourvoira peut être, et aussi le kidnapping, en complément des deux milliards de dollars transférés par la diaspora à ces pauvres, n’est-ce pas ?

La composition de l’actionnariat de la compagnie ayant fait l’acquisition de la SHELL pourrait peut être beaucoup dire, et ses relations objectives d’affaires, passées et présentes, avec des décideurs au MEF encore plus, n’est-ce pas ?

Vu l’ampleur du projet (US$ 148,616,600), attendait-on de nouvelles destructions environnementales pour que « souverainement », ce projet de « propanisation » du territoire soit lancé, disons, à partir du Fonds Petro Caribe ?

Dans un mauvais rêve, ne pourrait-on pas imaginer que ce projet ait été l’aiguillon ayant poussé à différer le renouvellement du tiers du Sénat en sorte qu’avec l’incapacitation du Parlement, « les intérêts supérieurs de la nation » puissent mieux agir ?

L’étendue des dégâts causés par les quatre derniers cyclones ayant ramené des dirigeants au bon sens, et poussé à affecter les moyens de Petro Caribe à la relance de l’économie, ce projet qui bondit brusquement du réfrigérateur ne cherche-t-il pas à se rappeler au bon souvenir de promesses devenues impossibles à tenir ? La structure d’Etat qui revient à la charge en donnant publicité à ce Projet a-t-elle déjà oublié que « l’inclusion sociale est la priorité des priorités » comme annoncé dans la déclaration de politique générale du nouveau Premier Ministre par devant le Parlement, tout de suite après Ike ? Voir 1ère page du Journal Le Matin No 33060 du lundi 8 septembre 2008.

Même, le système financier du pays le plus pauvre du continent, qui se retrouve aussi exportateur de capitaux « puisse qu’il n’y a pas de demande viable en Haïti » hors le riz, les pèpès et les voitures de luxe, se serait-il mis en difficulté à la suite du crash boursier de Wall Street à cause de placements spéculatifs extérieurs à couvrir, et se retrouverait-il dans la nécessité de « trouver un projet » de cette ampleur pour se refaire une santé ?

Avant qu’un élan « boomerang » en faveur de la « protection de l’environnement pressé-pressé » ne vienne nous lancer dans l’impasse d’une substitution du charbon de bois avec le GPL, nous interpellons la société civile, et l’ensemble des décideurs politiques en situation (le Parlement, le Gouvernement de la République et les gouvernements locaux), à mesurer les enjeux, contrer l’approfondissement de l’ornière dans laquelle le pays est embourbé, et faire échec à la consolidation du projet de pauvreté.

EN PERSPECTIVE, nous voulons souligner l’importance de la sécurisation énergétique de proximité des populations, et du potentiel économique que peut apporter la création d’un maillage agro-artisanal à constituer avec des milliers de micro-entreprises à promouvoir dans le milieu rural, tant dans les bassins versants que dans les plaines.

IL EST POSSIBLE D’OPPOSER AU PROJET DE CONSOLIDATION DE LA PAUVRETÉ PAR LA CONSOMMATION, UN CONTRE PROJET VIABLE, DE CRÉATION DE RICHESSES PAR LA PRODUCTION.

L’OFFRE ÉNERGÉTIQUE À PARTIR DE LA BIOMASSE PEUT QUINTUPLER PAR (1) La culture du Jatropha dans les montagnes arides, (2) l’agglomération des graminées à croissance rapide intégrées à des structures antiérosives dans les bassins versants, et dans le haut Artibonite (3) l’intégration des transformations agro industrielles, de l’élevage, et de la génération d’énergie à partir du biogaz pour l’électrification des petites villes. LA SUBSTITUTION DES IMPORTATIONS DE PRODUITS FOSSILES PEUT ÊTRE AUSSI VISÉE, EN BÉNÉFICIANT AU MONDE RURAL.

LES AGGLOMÉRATIONS URBAINES peuvent aussi jouer leur part, avec les déchets fermentescibles dans les lieux de concentration que sont les marchés urbains. Même, la valorisation des déjections humaines (encore de la biomasse) a un potentiel certain. Seulement 50% du contenu énergétique des aliments ingérés est métabolisé. La balance qui, au niveau des équilibres naturels ferait vivre la faune détritique, et apporterait les éléments nutritifs aux végétaux, représente 500 Kg de déjections per capita qui contient encore l’équivalent calorifique de 50 m3 de biogaz (correspondant à 50 litres de kérosène), que nous pouvons indexer à une valeur de référence de US$ 1.00/litre.

Les pays scandinaves récupèrent jusqu’à 40% de l’énergie contenue dans les déjections humaines pour la production de l’électricité, récupération facilitée grâce à leur système de tout à l’égout.

Pour les financiers de la substitution du charbon de bois par le propane, nous voulons souligner que chaque citoyen vivant dans la région métropolitaine s’engage à contribuer durant sa vie, et aussi au travers de sa progéniture, pour l’équivalent de US$ 50.00 de propane en termes de pouvoir calorifique. Ce consensus est déjà obtenu auprès des deux millions d’habitants des communes de Port-au-Prince, Delmas et Cité Soleil. L’apport à la caisse commune à US$ 50.00 par tête représente un potentiel de un milliard de US$.

L’investissement dans un système de tout-à-l’égout qui fonctionnerait à 40% d’efficience comme en Norvège, pays bien connu de nos dirigeants, permettrait de récupérer au niveau de stations d’épuration une production énergétique équivalente à 400 millions de dollars US$ en substitution de l’importation de produits pétroliers. L’avis du Ministère de l’Environnement et du Parlement ne comptant pas – selon le MFE, quand « les affaires de grandes personnes » sont en train d’être traitées, nous donnons notre aval personnel à l’investissement des 148 millions de dollars, de préférence dans un système de tout-à-l’égout pour la région métropolitaine, en vue de récolter cette manne énergétique, et aussi, de DÉBARASSER LA CAPITALE DES MIASMES QUI DÉRANGENT.


Posté: 2008-10-13 18:56:56


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