France-Télécom, j’écoute

Il était une fois un agent de France-Télécom en fin de carrière. Un « commercial-chokeur », à qui on a mis un téléphone entre les mains pour que, du matin au soir, il appelle les gens et qu’il leur vende des produits France-Télécom, sans qu’il ait eu une formation digne de ce nom. Il se lève tous les matins, va travailler, essaie de faire péniblement ses quotas, et rentre chez lui, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive.

 

Notre agent n’a pas toujours été « chokeur », il avait une qualification, oui Monsieur !… Il était technicien chez France Télécom. Tous ses diplômes, tout son savoir-faire s’exprimaient dans les grosses machines qui font que la magie du téléphone prenne vie. Mais les choses ont bien changé…

France-Télécom n’a plus aucun technicien pour faire les branchements de ligne, elle passe par des sous-traitants. Il paraît que ça coûte moins cher… C’est pour cela qu’appeler le 1014 ça ne sert plus à grand chose, car au mieux France-Télécom transmet la réclamation au bon sous-traitant, au pire elle vous dit que « le technicien va passer ». Mais, au-delà des désagréments réels des usagers de ne plus avoir de réels interlocuteurs, cette décision a eu des conséquences sociales désastreuses. Les techniciens les plus vieux ont eu des ponts d’or pour débarrasser le plancher et partir à la retraite. Pour les autres, ça a été direction reclassement à un quelconque service sans passer par la case formation. Et voilà comment on évolue de « pro du branchement », à « commercial-chokeur » après 20 ans de bons et loyaux services. Notre agent a le cœur lourd, car il s’inquiète… Pas pour ses quotas de vente, il a lâché l’affaire depuis longtemps, de toutes façons il n’y comprend de rien à rien à ce nouveau boulot…

Il sait que France-Télécom est en train de se privatiser, mais 80% de son personnel a encore un statut de fonctionnaire. Il faudra bien en faire quelque chose. Et ces fonctionnaires ont jusqu’en 2010 pour trouver une solution de reclassement dans un autre service public, s’ils veulent garder leur statut. Sinon gare !… En 2010, tous ceux qui n’auront rien trouvé seront mangés à une sauce encore inconnue, qui fait très peur à notre agent… Comment faire ? Ici ce n’est pas la Métropole, les places sont limitées et les autres services publics sont chiches en places. Ils ont eux-mêmes leurs propres agents qui ont demandé des mutations depuis des années, et ceux-là sont prioritaires. Notre agent se demande ce qu’il va advenir de lui… Lui qui ne connaît que les machines qui font vivre les téléphones, il ne va pas réapprendre un métier à son âge, apprendre à être policier, gardien de prison, ou je ne sais quoi d’autre encore…

Au-delà de ses interrogations sur son avenir professionnel, notre agent a peur pour sa santé… Il se sent fatigué, très fatigué. Il faut dire que le climat social s’est carrément dégradé…On peut même parler de misère sociale. Il a le sentiment que la direction fait tout pour dégoûter les agents. Peut-être cherche-t-elle à ce qu’ils partent, comme ça le problème du reclassement sera réglé ?… Il en a assez des contrariétés, des humiliations, des vexations… Il est au bord du bord du précipice, mais il s’accroche. D’autres n’ont pas cette chance… A France-Telecom Antilles-Guyane, il y a environ 40% des agents qui sont en maladie pour des raisons liées aux conditions de travail. C’est énorme… Il y a même eu un suicide en Guadeloupe l’année dernière. Vous imaginez !… La situation est tellement préoccupante que la Médecine du Travail a tapé sur les doigts de la direction pour ses méthodes vaseuses de management.

Notre agent attend de voir… Et comme chaque jour, il se lève, va travailler, il appelle inlassablement les usagers qui lui expriment leur mécontentement et essaie de faire péniblement ses quotas, puis il rentre chez lui, en se demandant combien de temps il va tenir.

Posté: 2008-09-01 23:33:00

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