Guadeloupe : L’Histoire de Gourbeyre

L’histoire de la ville de Gourbeyre en Guadeloupe (97113).
La ville de Gourbeyre tient son nom d’un ancien gouverneur. Très tôt dans l’histoire, la commune fut consacrée à un rôle de défense et d’abri pour les populations côtières menacées d’attaques ennemies. Mais la renommée de Gourbeyre est établie depuis fort longtemps pour d’autres raisons, c’est l’une des stations thermales et climatiques de l’île avec ses sources chaudes de Dolé, très réputées pour leur action rhumatismale. Quant à l’eau de source de Capès, elle est commercialisée sur toutes les petites Antilles.

Gourbeyre à travers l’histoire

La commune de Gourbeyre est située dans l’île de la Basse-Terre, tout près du chef-lieu de la Guadeloupe qui porte d’ailleurs le même nom. Au 17e siècle, cette localité s’appelait « Montagne Saint-Charles et du Palmiste ». Un lien évident existait entre l’appellation Saint-Charles et le Gouverneur Charles Houël, arrivé dans l’île en 1648 et fondateur du fort dominant la rivière du Galion qui, jusqu’en 1989, portait le nom de Saint-Charles avant d’être baptisé Fort Louis Delgrès.

Le tracé de la commune de Gourbeyre s’est dessiné d’une façon particulière. En effet, le territoire de Gourbeyre comprend une partie de l’Extra-Muros de l’ancienne paroisse du Mont-Carmel, la montagne Saint-Charles et des Palmistes et une partie de l’ancienne paroisse de Trois-Rivières. Ces différents découpages donne un territoire très montagneux. Vu sa topographie, Gourbeyre a été choisie comme lieu de refuge et de défense dans les nombreuses guerres qui opposèrent Français et Anglais pour le contrôle de la Guadeloupe.

Naissance de la commune de Dos-d’Ane

Le 20 septembre 1837, lors de la réorganisation du système municipal, un décret colonial créa notre commune, baptisée Dos-d’Ane ; elle comprenait la paroisse du Mont-Carmel, la montagne Saint-Charles, le Dos-d’Ane, le Palmiste et Dolé, une partie de la paroisse de Trois-Rivières.

Louis-Philippe Longueteau fut alors désigné maire de Dos-d’Ane. Notons qu’à cette époque était appliqué le suffrage censitaire qui donnait le droit de vote aux personnes libres et riches. Sur 395 libres, seuls 44 furent autorisées à voter. Après le décès d’Augustin Gourbeyre qui survint le 7 juin 1845, le conseil municipal, à l’initiative de L.P. Longueteau, demanda au roi l’autorisation de changer le nom de Dos-d’Ane en Gourbeyre par reconnaissance envers ce gouverneur de la Guadeloupe qui s’illustra notamment lors du séisme de février 1843.
Le 26 février 1846, Le roi Louis-Philippe accepta ce changement d’appellation de la commune. Dos-d’Ane devint alors Gourbeyre.

La vie se poursuivit dans cette nouvelle commune à vocation agricole. Le 5 janvier 1840, une ordonnance royale demanda d’effectuer régulièrement des inspections sur les habitations de la colonie afin d’améliorer le sort de la population servile. Un rapport datant de septembre 1844 mentionna que la commune de Dos-d’Ane possédait à l’époque une population de 2 377 personnes dont 687 libres (personnes blanches ou de couleur) et 1 690 esclaves (71 % de la population) attachés à 173 habitations (68 caféières ; 98 vivreries ; 5 cotonneries ; 2 plantations de tabac). Riche en plantations, Dos-d’Ane ne comptait que 5 sucreries.

Une année plus tard, la loi de 18 juillet 1845, la loi Mackau (du nom du ministre de la Marine et des Colonies), fut promulguée pour améliorer les conditions des esclaves, en facilitant leur affranchissement.
Déjà en 1842, Victor Schoelcher, un des artisans de la fin de l’esclavage des noirs dans les colonies françaises publiait « Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage » puis, en 1843, « Des colonies étrangères et Haïti » après avoir visité les Antilles entre 1839 à 1840.

Création de la commune

Le 20 septembre 1837, paraît un décret concernant la réorganisation du système municipal dans la colonie,. Deux nouvelles communes, issues du chef-lieu, voient le jour. Il s’agit de Basse-Terre extra-muros qui prendra tardivement le nom de Saint-Claude et de Dos-d’Ane. Dos-d’Ane qui s’étend de la rivière du Galion à la rivière de Grande-Anse, comprend la paroisse du Mont-Carmel, la Montagne Saint-Charles, le quartier du Dos-d’Ane, le Palmiste et Dolé. En étant détachée de la ville de Basse-Terre, la nouvelle commune rurale devait pouvoir gérer son économie qui tournait essentiellement autour de la production et de la vente de sucre, de rhum et surtout de café.

Ce décret de 1837 prévoyait également la mise en place d’un conseil municipal composé d’un maire et de ses adjoints. Le premier conseil se réunit en décembre 1837. En ce temps-là l’esclavage régnait et les affaires publiques étaient gérées par l’oligarchie blanche, les propriétaires terriens fortunés. Le suffrage censitaire était appliqué dans la colonie depuis 1833 : seuls ceux qui payaient le plus d’impôts, ceux qui possédaient le plus d’esclaves, avaient le droit d’être électeurs et éligibles. A l’époque, la population de Dos-d’Ane était composée de 395 habitants libres mais seuls 44 pouvaient voter. Ce système permettait de maintenir la bourgeoisie locale en place et d’écarter du pouvoir les gens de couleur, qui étaient plus nombreux. Le premier maire fut Louis Philippe Longueteau, son adjoint, Monsieur Nesty. C’est à l’initiative de L.P. Longueteau que Dos-d’Ane fut baptisé Gourbeyre. Il faut dire que l’appellation d’origine ne plaisait guère à la population de la jeune commune.

Avant de poursuivre, donnons quelques précisions au sujet de ce terme. Dos-d’Ane, nom très utilisé dans ce lieu, est un terme militaire de l’époque ; c’est un arête naturelle entre deux points fortifiés et élevés, de telle sorte que deux adversaires venant en sens contraire ne se voient qu’au moment d’en venir aux mains. Dans le cas de notre commune, nous trouvons, d’une part, le Morne Boucanier, tout rond et isolé des autres massifs, fermant le Valkanaërs et de l’autre côté, l’arête sud du Palmiste, surplombant le chemin de La Regrettée. Ainsi se dessine le passage du Dos-d’Ane, seul endroit appelé de ce nom selon la carte du génie datée de 1780. Tant cette position était importante, toute cette zone prendra ce nom par amplification. Le 7 juin 1845, la Guadeloupe perdit son gouverneur Augustin Gourbeyre qui s’était distingué par sa générosité, son dévouement et son sens de l’organisation des secours, lors du tremblement de terre du 8 février 1843 qui dévasta la Guadeloupe.

La municipalité saisit l’occasion pour adopter son nom. Louis-Philippe Longueteau adressa au directeur de l’Intérieur une demande d’autorisation pour réunir extraordinairement le conseil municipal, en ajoutant un nombre égal de notables aux membres qui composent cette instance afin d’appuyer sa démarche. On pouvait y lire : « La mort de notre bien-aimé gouverneur laisse la colonie de grands devoirs à remplir envers sa mémoire. Cet homme de bien consacrait les plus belles années de sa vie à assurer notre prospérité, ses jours, ses heures passaient témoins des généreux efforts à s’occuper incessamment de notre bonheur… S’il ne put réaliser ce mot devenu impossible par les circonstances graves qui nous environnent de toutes parts, du moins faisait-il tout ce qui dépendait de lui pour maintenir la tranquillité dans notre malheureux pays. Il se mêlait à nos douleurs et, tout en apportant les émotions de son grand cœur, il nous apporta aussi les ressources de son esprit ferme et éclairé ».

L’autorisation de se réunir fut accordée le 20 juin 1845. Cinq jours plus tard, le Conseil municipal se retrouva autour d’une même table. Sont présents à cette délibération : MM. Louis-Philippe Longueteau, maire ; Michaux, adjoint ; Lamothe, Croquet, Dain, François-Marie, Houël Pierre et Decroux, conseillers. Monsieur Decroux fut choisi comme secrétaire de la séance. Voici l’allocution que Monsieur le Maire de l’époque prononça : « Messieurs ! Chacun de vous connaissait déjà le motif de cette convocation, et si vous vous y êtes rendus avec empressement, c’est qu’animés du noble sentiment de la reconnaissance, vous avez voulu me prêter votre concours pour remplir un devoir sacré envers la mémoire de M. l’Amiral Gourbeyre. Lorsque cet illustre amiral qui nous consacrait toutes les ressources de sa bonté et de sa vaste intelligence, meurt dans le pays qu’il a aimé et secouru avec tant de dévouement, c’est à nous, Messieurs, à perpétuer le souvenir de ses bienfaits. Qui pourra oublier jamais que M.Gourbeyre, sur les ruines encore fumantes de nos villes et de nos campagnes, a distribué à nos familles désolées le pain qui fait vivre et les consolations qui encouragent. Désormais, le nom de cet homme de bien doit être identifié à la colonie et transmis à notre postérité. Vous adopterez, Messieurs, la proposition que j’ai l’honneur de vous faire de substituer le nom de cet illustre amiral à celui de la commune. Par cette détermination qui, avant tout, est un devoir du cœur, ce nom si cher par tous doit survivre à la mobilité du temps ; nos actes publics et les récifs du foyer domestique l’apprendront aux générations à venir, comme un témoignage d’impérissable gratitude ».

Les membres du conseil municipal, présents à cette séance, accueillirent chaleureusement la proposition du maire et, à l’unanimité, ils prirent la résolution suivante : « Le conseil municipal décide qu’il sera adressé une demande au gouverneur de la colonie pour le supplier de vouloir bien obtenir du roi l’autorisation de substituer au nom actuel de la commune celui de Gourbeyre. Et ce, tant pour rendre un respectueux hommage à la mémoire de notre gouverneur que pour faire cesser une dénomination qui pouvait donner lieu à des erreurs dans les archives de l’état-civil, en ce qu’elle appartient en propre à un des quartiers de la commune ».

Le 5 juillet 1845, le conseil privé s’associa au vœu exprimé par le maire. La proposition fut alors adressée au ministre de la Marine et des Colonies en vue d’obtenir la ratification du roi. C’est le 26 février 1846, à Paris, que le changement fut consacré par une ordonnance, signée du Baron de Mackau et approuvée par le Roi Louis-Philippe.