LA COM’ : ENTRE ESBROUFE ET ESCROQUERIE INTELLECTUELLE

Depuis une petite quinzaine d’années s’est développée, au sein des administrations, des entreprises et des organismes de nature diverse, ce qu’il est convenu d’appeler « la com »’, abréviation pour « communication ». Des métiers au titre ronflant, « dircom » (pour « directeur de la communication »), « attachée de presse » (fonction presque toujours féminine, on ne comprend pas trop bien pourquoi) etc…ont ainsi vu le jour. Les personnes qui les occupent ne sont ni des journalistes puisque pour le (…) – Le billet du jour



Depuis une petite quinzaine d’années s’est développée, au sein des administrations, des entreprises et des organismes de nature diverse, ce qu’il est convenu d’appeler « la com »’, abréviation pour « communication ». Des métiers au titre ronflant, « dircom » (pour « directeur de la communication »), « attachée de presse » (fonction presque toujours féminine, on ne comprend pas trop bien pourquoi) etc…ont ainsi vu le jour. Les personnes qui les occupent ne sont ni des journalistes puisque pour le devenir il faut avoir fait une école spécialisée, ni des intellectuels en mal d’emploi, ni des techniciens dans un domaine quelconque, mais des « communicants ».

Leur travail consiste à rédiger et à publier des documents ayant trait aux activités de l’organisme qui les emploie, autant dire à en vanter les qualités et les mérites sur papier glacé. Par exemple, la com’ de Monsanto, le géant américain qui fabrique des OGM, vous expliquera en long et en large que ses produits ne sont aucunement dangereux pour la santé humaine et qu’ils sont même l’avenir de l’humanité. A une échelle beaucoup plus modeste, en Martinique ou en Guadeloupe, telle mairie ou telle petite ou moyenne entreprise, vous livrera un discours ripoliné, décoré de photos en couleur, exposant avec un luxe de détails auto-élogieux la moindre de ses activités.

On comprend mieux pourquoi la « com’ » n’a rien à voir avec l’information ni le journalisme. Un journaliste se doit de présenter tous les aspects d’une réalité : les bons, les moins bons et les mauvais. Il y va de son sens de l’objectivité journalistique justement. Un communicant, à l’inverse, a pour seule mission de mettre en exergue les seuls aspects positifs (ou jugés positifs) de l’action de l’organisme qui l’emploie, passant sous silence tous ceux qui pourraient être gênants pour celui-ci. Ici, point d’objectivité, mais de la manipulation pure et simple.

En fait, la com’ a plus à voir avec la publicité (mensongère) qu’avec la vraie information. Elle fait partie des outils inventés par le capitalisme postmoderne (ou le néolibéralisme) pour vanter les bienfaits de ce système en cherchant à éblouir le gogo avec des plaquettes en quadrichromie et des phrases soi-disant choc. Il s’agit donc d’une ces multiples activités parasitaires dont le capitalisme a le secret, tout lui étant bon pour convaincre le citoyen que tout va bien dans le meilleur des mondes. Chaque fois, par exemple, que ce système invente un nouveau produit (le plus souvent inutile et gaspilleur de ressources et d’énergie), la com’ se met en branle, au travers de ce qu’on appelle une « campagne de com’ », pour faire entrer dans la tête du consommateur que ledit produit est le meilleur dans sa catégorie et qu’il convient donc de l’acheter toutes affaires cessantes.

On ne voit pas ce que nos petits pays, qui ne produisent déjà presque rien, ont à faire avec cet exercice de manipulation mentale dans lequel l’esbroufe et la futilité le disputent à l’escroquerie intellectuelle.

La Rédaction de Montraykréyol


Posté: 2008-09-22 00:30:12


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