LYCÉE SCHOELCHER (MARTINIQUE) : LE VRAI PROBLÈME

Le lycée Schoelcher est le plus ancien et le plus prestigieux lycée de la Martinique, héritier du lycée de Saint-Pierre qui instaura l’éducation gratuite, républicaine et laïque pour ceux qu’on appelait à l’époque « les hommes de couleur ». C’est dire qu’il est le symbole de la lutte menée par ces derniers, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, à la fois contre l’oligarchie békée (blanche créole) et contre l’enseignement (payant) dirigé par les religieux. Du lycée Schoelcher est sortie quasiment (…) – Le billet du jour


Le lycée Schoelcher est le plus ancien et le plus prestigieux lycée de la Martinique, héritier du lycée de Saint-Pierre qui instaura l’éducation gratuite, républicaine et laïque pour ceux qu’on appelait à l’époque « les hommes de couleur ». C’est dire qu’il est le symbole de la lutte menée par ces derniers, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, à la fois contre l’oligarchie békée (blanche créole) et contre l’enseignement (payant) dirigé par les religieux.

Du lycée Schoelcher est sortie quasiment toute l’élite intellectuelle de la Martinique : Aimé Césaire, Frantz Fanon, Joseph Zobel, Edouard Glissant, le professeur Roy-Camille (un temps président de l’Académie de médecine dentaire de France), le professeur Dowrling-carter, l’éminent cardiologue, et tant d’autres.

Bâtiment à l’architecture remarquable, il domine d’un seul tenant la baie de Fort-de-France, s’élevant par paliers successifs sur le dos d’un petit morne, ce qui lui donne un air de Parthénon tropical. Tout ceux qui ont eu la chance et l’honneur de le fréquenter disent à quelle point ses salles au plafond haut, ses coursives d’où l’on aperçoit la mer, ses cours intérieures dégagent une sorte de magie dont il est difficile de se déprendre.

Hélas, le bâtiment est vieux et menace de s’effondrer. En pays de tremblements de terre fréquents, il n’est plus raisonnable de faire courir un tel risque aux élèves. Les terribles images de la destruction d’écoles dans le Sichuan (Chine) sont encore dans toutes les mémoires. Alors, le Conseil Régional, en charge des lycées et dirigé par l’indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, a décidé de le raser et de le remplacer par un bâtiment à l’architecture complètement différente. Seulement, le lycée se trouve sur le territoire de la ville de Fort-de-France (dirigée par l’autonomiste Serge Letchimy) qui a son mot à dire et qui ne l’entend pas de cette oreille. Si la ville est d’accord pour la démolition des lieux, par contre, elle propose sa reconstruction à l’identique afin de préserver le patrimoine architectural martiniquais et aussi le symbole fort que représente ce lycée. Or, reconstruire à l’identique, argue-t-on au Conseil Régional, reviendrait beaucoup trop cher.

Cruel dilemme, en effet… Il nous semble qu’il faut, dans de débat, renvoyer les deux adversaires dos à dos. En effet, la municipalité de Fort-de-France n’est vraiment pas un exemple en matière de promotion d’une architecture qui s’adapte à notre culture. Il n’y a qu’à prendre le seul exemple de l’horrible blockhaus qu’est la nouvelle mairie pour s’en convaincre. Dans le temps, le polémiste Guy Cabord-Masson avait eu ce mot cruel à l’endroit de Césaire et de sa mairie flambant neuve : « On a la Citadelle qu’on peut ! ». Allusion, pour ceux qui ne l’aurait pas compris, à la Citadelle construite par le Roy Christophe d’Haïti au XIXe siècle, bâtiment aujourd’hui classé parmi les chefs d’œuvres architecturaux de l’humanité par l’UNESCO. La municipalité foyalaise a donc beau jeu de réclamer la protection de l’architecture du lycée Schoelcher, mais elle aurait pu, elle-même, commencer par donner l’exemple. Sans compter qu’elle a accordé un permis de construire à une société d’HLM laquelle a érigé une barre juste en face du lycée, ce qui prive ce dernier d’une partie de la brise marine et de la vue !

En fait, quel est le vrai problème du lycée qui porte le nom du célèbre abolitionniste français ? Il est, au fond, très simple puisque deux vérités d’évidence s’imposent :
— il ne peut pas être réparé en l’état et doit être démoli.
— le reconstruire à l’identique reviendrait trop cher.

Le vrai problème est donc : par quoi va-t-il être remplacé ? Et là, horreur et stupéfaction : la maquette que nous donne à voir le Conseil Régional est une véritable catastrophe esthétique. Là encore, on voit une sorte de longue barre (décidément !) bardée d’une multitude de persiennes dont on se demande s’il s’agit d’une annexe d’un camp de concentration japonais en Malaisie pendant la deuxième guerre mondiale ou alors une annexe de la léproserie du Dr Schweitzer, à Lambaréné, au Gabon.

Une chose est claire : cette maquette ne correspond à rien dans notre imaginaire antillais ou créole. Elle n’éveille aucun écho en nous. Comment des élus indépendantistes ont-ils pu choisir une architecture aussi hydroponique, aussi hors sol ? On en reste littéralement pantois. À notre avis donc, au lieu de perdre leur temps à réclamer la sauvegarde du lycée d’antan, les vrais amoureux de ce lieu chargé de symbole devraient plutôt se mobiliser pour contraindre le Conseil Régional à revoir sa copie.

Notre position est claire : détruire, oui ! reconstruire un bâtiment sans âme et sans rapport avec notre culture, niet !


Posté: 2008-09-24 13:59:13


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