Prise de position de la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie sur la conjoncture actuelle

Cela fait exactement trois (3) mois que, suite à des « Emeutes de la Faim », le Gouvernement conduit par le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a été remercié par le Sénat de la République. Trois (3) mois de calvaire de plus, pour une population déjà affamée, qui voit s’éloigner davantage le jour où elle pourra manger à sa faim.
Trois (3) mois que la détresse et l’angoisse se lisent sur les visages des pèlerins qui affluent par milliers aux abords des églises lors des fêtes (…) – Spécial


Cela fait exactement trois (3) mois que, suite à des « Emeutes de la Faim », le Gouvernement conduit par le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a été remercié par le Sénat de la République. Trois (3) mois de calvaire de plus, pour une population déjà affamée, qui voit s’éloigner davantage le jour où elle pourra manger à sa faim.

Trois (3) mois que la détresse et l’angoisse se lisent sur les visages des pèlerins qui affluent par milliers aux abords des églises lors des fêtes patronales pour quémander un quignon de pain et un gobelet de café.

Trois (3) mois que la détresse et l’angoisse se lisent dans le regard des enfants et des vieillards postés dans les parages des feux de signalisation, et dans la démarche fatiguée des ouvriers qui ne peuvent plus se payer une course de « tap-tap ».

Trois (3) longs mois de plus pour les paysans et les éleveurs qui attendent toujours les canaux d’irrigation, les semences, et l’encadrement auquel ils ont droit.

Trois (3) mois de plus durant lesquels certains entrepreneurs en difficulté se voient dans l’obligation, de réduire leurs effectifs, renvoyer leur personnel et fermer leurs usines, tandis que d’autres, impuissants, reportent les investissements qui auraient pu contribuer à la création d’emplois.

Trois (3) mois à ajouter aux décennies, pendant lesquelles, tous dans notre pays nous crions et demandons d’arrêter les dégâts causés par la démagogie, la corruption, le pourrissement généralisé de notre société.

Trois mois depuis que le Gouvernement démissionnaire « expédie les affaires courantes », alors que nos dirigeants devaient penser à apporter des solutions urgentes aux problèmes de la faim et de la paupérisation accélérée de la population ; continuer le processus de modernisation de l’Etat ; travailler à l’élimination de la corruption et de la contrebande ; relancer l’économie, créer de la richesse et des emplois ; changer l’image du pays pour tirer profit des efforts déjà entrepris pour attirer les investissements étrangers.

Trois (3) mois que certains élus jouissent de manière puérile de leur pouvoir de sanction de l’exécutif, au détriment du peuple qui leur a donné le mandat de défendre ses intérêts. Et, pendant que la Présidence et le Parlement se renvoient la balle, le pays est bloqué, les élections devant permettre le renouvellement du tiers du Sénat n’ont toujours pas eu lieu. Le budget rectificatif qui devait être présenté au Parlement, en milieu d’exercice fiscal, n’a pu l’être. La réunion des Bailleurs de Fonds qui devait se tenir en Haïti durant le mois d’Avril 2008 a été reportée sine die.

Les conséquences de ces différents reports sont prévisibles et vont faire, malheureusement une fois de plus, très mal à notre pays déjà exsangue. Les problèmes sociaux qui ont conduit à la crise ainsi que la situation économique du pays, déjà précaire avant le 12 avril, s’aggravent de plus en plus. Toute l’aide d’urgence ainsi que les supports financiers et les dons réguliers qui auraient pu permettre de créer des emplois immédiats et supporter la production nationale sont interrompus jusqu’à la mise en place d’un nouveau gouvernement. . L’irresponsabilité dont fait montre nos mandataires appauvrit le pays et hypothèque l’avenir des générations futures.

Trois (3) mois depuis que nous assistons à ce spectacle affligeant et dégradant à la fois, où le champ est laissé libre à des attitudes et comportements extrémistes. C’en est trop. Un sursaut national et patriotique, voire un dépassement de soi est un impératif de la part de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir et, de ceux qui aspirent à conduire notre destinée, pour dénouer la crise. Dans leurs attributions respectives, avec sérénité et dans le respect des citoyens qui leur ont donné mandat, les dirigeants doivent combler le vide institutionnel existant. Cela passe par la formation d’une équipe gouvernementale, constituée, d’hommes et de femmes, compétents et crédibles, capables, d’élever le débat au dessus du militantisme et du fanatisme ambiant et, de prendre en considération les réelles attentes de la population.

Conseil d’Administration de la Chambre Franco-Haïtienne de Commerce et d’Industrie Port-au-Prince, le 10 juillet 2008

N.B Communiqué acheminé à la rédaction de Radio Kiskeya


Posté: 2008-07-11 06:03:21


Lire le texte complet