Texte de la première déclaration publique d’Ericq Pierre après le rejet de sa candidature (versions française et anglaise)

DECLARATION DE MONSIEUR PIERRE ERICQ PIERRE, EX- PREMIER MINISTRE DÉSIGNÉ
1. Je voudrais remercier le Président René Préval qui, en deux occasions, m’a proposé pour occuper la fonction de Premier Ministre de mon pays. Je remercie aussi les Sénateurs, les Députés, les partis politiques et les organisations de la société civile qui m’ont publiquement honoré de leur confiance. J’étends ces remerciements aux journalistes de la presse parlée, écrite et télévisée qui (…) – Spécial


DECLARATION DE MONSIEUR PIERRE ERICQ PIERRE, EX- PREMIER MINISTRE DÉSIGNÉ

1. Je voudrais remercier le Président René Préval qui, en deux occasions, m’a proposé pour occuper la fonction de Premier Ministre de mon pays. Je remercie aussi les Sénateurs, les Députés, les partis politiques et les organisations de la société civile qui m’ont publiquement honoré de leur confiance. J’étends ces remerciements aux journalistes de la presse parlée, écrite et télévisée qui m’ont accompagné pendant tout le processus et qui ont fait preuve à mon endroit d’une objectivité qui les honore. Je remercie de façon spéciale mes collaborateurs qui ont bénévolement accepté de m’accompagner et de suivre à la lettre mes consignes. Je félicite les membres de la Concertation des Parlementaires Progressistes ( CPP) pour leur victoire. Je leur souhaite aussi bonne chance.

2. Mon nom complet est Pierre Ericq Pierre. C’est ce nom qui figure dans mon acte de naissance, sur mes passeports et dans mes documents officiels. Je suis Haïtien et je n’ai jamais renoncé à ma nationalité. Tout comme je n’ai jamais obtenu ni sollicité la résidence en pays étranger. Si certains Parlementaires estiment que je ne suis pas un Haïtien d’origine, ils se réfèrent sans doute à des critères qu’ils sont les seuls à pouvoir définir.

3. J’avais accepté d’être désigné au poste de Premier Ministre et de mettre mes plus de 40 années d’intégrité au service de mon pays, parce que je m’étais persuadé que, en plus de l’expérience et de la compétence, notre pays a un urgent besoin de placer au timon des affaires, des hommes et des femmes intègres, étrangers aux combines et capables de prendre de la hauteur pour travailler avec succès à l’amélioration des conditions d’existence du peuple haïtien. Je m’étais dit que, pour affronter les multiples défis qui nous interpellent, il faudrait abandonner la politique politicienne, avoir foi dans la capacité de nos compatriotes, ceux de l’intérieur comme ceux de la diaspora. Du point de vue de la gouvernance générale, je m’étais dit que la priorité absolue de mon gouvernement serait de restaurer la confiance, d’aider mes compatriotes à regagner confiance en eux-mêmes et dans la patrie commune.

4. Mais, dès le début du processus, je me suis heurté aux forces de la corruption. Mon refus de pactiser avec elles me vaut aujourd’hui d’être écarté par la Chambre des Députés. Les mots « patrie » ou « intérêt du pays » n’ont jamais été présents dans les messages des émissaires qui me pressuraient pour négocier en faveur de leurs protégés des postes de Ministres, des enveloppes d’argent ou des projets pouvant faciliter leur réélection. J’ai toujours professé que je n’accepterais pas d’être Premier Ministre à n’importe quel prix. Et je ne pouvais pas non plus prendre des engagements qui hypothèqueraient les ressources du Trésor Public avant même d’entrer à la Primature. J’ai aussi voulu jouer cartes sur table, refusant d’entrer dans le jeu de ceux-là qui pensent pouvoir se cacher indéfiniment derrière un masque anti-néolibéral.

5. Je ne vis pas la décision de la Chambre des Députés comme un drame personnel. Après ma rencontre avec les membres de la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP) qui avaient accepté de me rencontrer, sur demande du Premier Ministre Jacques Edouard Alexis qui lui-même avait acquiescé à une requête du Président de la République, j’étais convaincu que le CPP n’allait pas m’appuyer. A moins que le Président de la République ou le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis arrivent à persuader les membres de la Plateforme LESPWA qui ont rejoint le CPP de m’accorder leur vote. Ceci n’a pas eu lieu et je ne veux pas spéculer sur ce qui s’est passé.

6. L’une des raisons qui m’ont aussi porté à accepter la désignation, c’est parce que j’ai vécu très douloureusement les événements du début d’avril : les manifestations contre la cherté de la vie, la violence, le pillage et l’absence des pouvoirs publics. J’ai eu l’impression d’assister à une répétition pour une pièce de théâtre tragique. La politique n’a pas besoin d’être un jeu de massacres. Je m’étais dit qu’il fallait éviter à tout prix ce genre de situation et qu’il fallait faire mentir ceux-là, Haïtiens et étrangers qui professent que rien de bien, rien de grand et rien de beau ne peut sortir d’Haïti. Moi, par contre, je persiste à dire à qui veut m’entendre dans la communauté internationale que les problèmes de mon pays sont grands certes, mais que le peuple haïtien est plus grand que ses problèmes.

7. Comme Chef de gouvernement, j’allais m’imposer des impératifs de clarté, de simplicité ainsi que de rigueur. Je me préparais à faire vite et bien des choses concrètes. De mon point de vue, la politique de tout gouvernement doit être facile à comprendre : par les parlementaires qui doivent l’approuver et se l’approprier, par les ministres qui doivent l’appliquer, par le secteur privé qui doit être un partenaire privilégié, par les associations socioprofessionnelles, les organisations populaires, les syndicats, les ouvriers, les étudiants, les paysans et par le grand public qui doit bénéficier de ses retombées.

8. Je m’étais préparé à expliquer, encore expliquer, toujours expliquer. Une exigence de vérité allait présider à la politique de communication de mon gouvernement. Cette exigence se serait traduite par la transparence de son agenda. Les programmes d’actions seraient connus de tout le monde. Et les calendriers de mise en œuvre auraient été publiés de même que les rapports détaillés du budget de la République. En cas de dérapage du calendrier, l’opinion publique aurait été informée des causes de ce dérapage. En plus des média traditionnels, les nouvelles technologies de l’information et de la communication seraient mises à profit pour rendre ces informations disponibles rapidement. Le gouvernement ferait ainsi régulièrement le bilan de son action et publierait ouvertement ce bilan, en reconnaissant les lenteurs et les erreurs éventuelles.

9. La moralisation de la vie publique aurait été renforcée. La Loi sur le patrimoine qui permet la vérification de la transparence du patrimoine des élus, des hauts fonctionnaires, des membres du gouvernement, de leur entourage immédiat et des Parlementaires aurait été appliquée dans son intégralité .De même, les abus liés aux chantages politiques, à l’usage des pots-de-vin, aux passe-droits, aux trafics d’influence et au harcèlement sexuel auraient été réprimés.

10. Malgré les limitations du Document de Stratégie Nationale de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSNCRP), puisqu’un consensus semble avoir été trouvé pour en faire le document de référence du gouvernement, nous estimions que la feuille de route de l’équipe gouvernementale était assez simple. Voilà pourquoi, après l’analyse des trois piliers prioritaires et des multiples domaines d’intervention contenus dans ce document, nous en avions tiré six grands axes qui se déclinaient comme suit : (i).-Combattre la vie chère (Cet axe ne figure pas vraiment dans le DSNCRP, mais nous estimons qu’il était décisif pour la crédibilité du gouvernement.) (ii).-Assurer la relance de l’emploi et de la production nationale des biens et services. (iii).-Relancer la production agricole et la protection de l’environnement. (iv).-Moderniser l’État. (v).- Poursuivre et amplifier l’effort pour l’éducation et la santé. (vi).-Assurer le bon fonctionnement de la justice et combattre l’insécurité.

11. Nous nous proposions de mettre tout en en œuvre pour accélérer l’exécution des projets et établir à cet effet des critères de performance pour l’évaluation des activités des ministères et organismes impliqués dans la réalisation de ces travaux. Je considère en effet qu’il n’est pas normal, que pendant que nous sollicitons quotidiennement des ressources fraiches de nos partenaires internationaux, nous n’arrivions pas à utiliser, dans des délais raisonnables, les ressources déjà mises à notre disposition alors que nos communautés crient famine et que le chômage règne en maitre.

12. Nous pensions prendre des mesures pour coordonner effectivement la coopération internationale, approfondir et institutionnaliser les rapports avec la République Dominicaine, et définir une feuille de route en vue d’une meilleure coopération avec la MINUSTAH .

13. Je m’étais donc préparé à faire une différence et j’allais demander à mes collègues du gouvernement d’éviter que leur compassion pour les pauvres ne se transforme ni en indifférence pour les moins pauvres ni en haine pour les riches. Mais, j’avoue que j’avais sous-estimé le poids des forces de la corruption. Je reste cependant confiant que mes compatriotes, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, de l’intérieur et de la diaspora, ne se laisseront pas éternellement intimider par lesdites forces.

14. Il nous faut maintenir la stabilité politique et renforcer la cohésion sociale. Ceci implique un engagement réel de la part de tous les acteurs de la vie nationale.

Port-au-Prince, le 15 mai 2008

P.S M. Pierre a lu cette déclaration liminaire lors d’une conférence de presse à l’hôtel Montana, à Pétion-Ville.


The following version is the full text of the same statement in english

Statement by Mr. Pierre Ericq Pierre, Ex Designated Prime Minister

1. I would like to thank President Réné Préval who has on two occasions chosen me to hold the position of Prime Minister of my country. I also thank Senators, Deputies, political parties, civil society organizations who have publicly honored me with their trust. I extend my gratitude to the members of the oral, written and televised press who have accompanied me throughout the process and who have shown a level of objectivity with regard to my person that honors them. I express my gratitude in a very special manner to my collaborators who have volunteered to accompany me and to follow to the letter my instructions. I congratulate the members of the Coalition of Parliamentarians for Progress (CPP) for their victory. I also wish them good luck.

2. My full name is Pierre Ericq Pierre. It is the name that is in my birth certificate, in my passport and in all my official documents. I am Haitian and I have never relinquished my nationality. Just as I have never obtained or requested residency in any foreign country. If some members of Parliament believe that I am not a Haitian from origin, they are most likely basing their judgment on criteria that only they themselves can define.

3. I had accepted to be designated for the position of Prime Minister and thus to put my more than 40 years of integrity at the service of my country, because I was persuaded that, beyond experience and competence, our country had an urgent need to put in key positions honest men and women who were capable of looking at things from high grounds in order to work successfully towards the improvement of the livelihood of the Haitian population. I had told myself that to face the multiple challenges which await us, it was necessary to abandon old political tactics, to have faith in the capacity of our countrymen, those on the inside and those in the diaspora. At the level of general governance, I had told myself that the top priority of my government would be to reestablish confidence, to help my countrymen regain confidence in themselves and in a common nation.

4. However, at the very beginning of the process, I was confronted with the forces of corruption. My refusal to negotiate with them has led to my being today put out of the process by the Chamber of Deputies. The terms nation or national interest were never part of the messages received from the envoys who were pressuring me to negotiate in favor of their patrons : ministerial positions, envelopes of cash or projects which could facilitate their reelections. I have always put forward that I would not accept to be Prime Minister at any cost. Likewise, I could not commit to anything which would engage the funds of the Treasury before I even entered the Prime Minister’s office. I also wanted to be crystal clear- refusing to enter the game of those who think that they can hide themselves indefinitely behind a mask of anti-neo-liberalism.

5. I do not live the decision of the Chamber of Deputies as a personal drama. After my meeting with the members of the Coalition of Parliamentarians for progress (CPP) who had accepted to meet with me upon request of the Prime Minister Jacques Edouard Alexis who himself was honoring a request of the President of the Republic, I was convinced that the CPP would not support me. Unless the President of the Republic was able to convince the members of the LESPWA platform who had joined the CPP to grant me their votes. This has not happened and I do not want to speculate about what has happened.

6. One of the reasons that have led me to accept the designation is the fact that I lived very painfully the events of the beginning of April : the protests against the high cost of living, the violence, the looting and the absence of public force. I had the impression that I was witnessing the repetition of a tragic theatrical piece. Politics does not have to be a game of mass destruction. I had told myself that this kind of situation had to be avoided at any cost, and that it was necessary to prove wrong all those, Haitian or foreigner who, assert that nothing good, nothing great and nothing pretty can no longer come from Haiti. I, on the other hand, say to anyone in the international community who is willing to listen that the problems of my country are great indeed but that the Haitian people are greater than these problems.

7. As Head of Government, I would have imposed to myself a discipline of clarity, simplicity as well as a discipline of rigor. I was preparing myself to act fast and realize concrete things. According to me, the policies of any government should be easy to understand : by the parliamentarians who have to approve them and claim ownership over them, by the ministers who have to apply them, by the private sector who has to be a privileged partner, by trade organizations, by popular organizations, by syndicates, by blue collar workers, by students, by farmers, and by the public in general who will benefit from its impact.

8. I was prepared to explain and explain over and over again. Strict veracity would have been at the core of the communication policy of my government. This would have been translated into the transparency of its agenda. The programs which would have been implemented would be known by all. And, the implementation calendars as well as detailed reports on budget execution would have been published. In case of delays the public opinion would have been informed of the reasons for these delays. In addition to traditional media, new information and communication technologies would have been put to use in order to make this information available rapidly. The government would have regularly taken stock of its accomplishments and would have published progress reports in which delays in implementation would have been recognized as well as potential errors.

9. The moralization of public life would have been strengthened. The law on the declaration of assets which allows for the verification of transparency in the declaration of assets of those elected, of high level officials, of members of the government and their immediate collaborators and of members of Parliament would have been applied in its entirety. Likewise, abuses linked to political politicking, the use of kickbacks, undue preferences, the traffic of influence, sexual harassment would have all been repressed.

10. Notwithstanding the limitations of the National Growth and Poverty Reduction Strategy Paper (NSGPRP), since a consensus has allowed it to be considered the document of reference of the government, we felt that the roadmap of the government team was basically simple. That is why after the examination of the three priority pillars and the numerous fields of intervention within the document, we had pulled the following six key axis of intervention (i) Combating the high cost of living (this component does not really appear in the NSGPRP but we felt that it was essential for the government’s credibility ; (ii) Ensuring the boost up of employment and national production of goods and services. (iii) Enhancing agricultural production and environmental protection (iv) Modernizing the State (v) Continuing and amplifying the effort on education and health (vi) Ensuring a well functioning justice system and combating insecurity.

11. We intended to put everything in action in order to accelerate project execution and to establish performance criteria in order to evaluate the work of ministries and other entities engaged in the implementation of these projects. In fact, I find it abnormal that, as we are requesting daily fresh resources from our international partners, we are unable to use within an acceptable timeframe the resources made available to us while our communities are dying of hunger and unemployment is spreading.

12. We thought of measures to, among others, effectively coordinate international cooperation, to strengthen and formalize the relationship with the Dominican Republic and to design a roadmap for a better cooperation with MINUSTAH.

13. Thus, I was ready to make a difference and I was going to ask my colleagues from the government to make sure that their compassion for the poor does not transform itself into an indifference for the less deprived nor a hatred for the rich. However, I must confess that I had underestimated the forces of corruption. Still, I remain convinced that my countrymen and countrywomen, young and less young, from the inside and from the diaspora will not let themselves be perpetually intimidated by these forces.

14. We have to maintain political stability and strengthen social cohesion. This implies a real engagement from all stakeholders.

Port-au-Prince, May 15, 2008


Posté: 2008-05-16 03:15:10


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